À cause de la guerre contre l'Iran, les agriculteurs américains vivent leur pire crise depuis quarante ans
Six mois après le début de la guerre voulue par Donald Trump, le secteur agricole a le sentiment de payer les pots cassés. Les prix des engrais explosent alors que les exportations dégringolent..
La région agricole américaine surnommée le Corn Belt (littéralement la ceinture de maïs), qui s’étend de l’Ohio jusqu’au Nebraska et au Kansas, traverse sa pire crise depuis quarante ans. Cette zone, cœur de la production de maïs et de soja aux États-Unis, est en difficulté en raison de la hausse brutale des coûts de production. Les agriculteurs de cette région, souvent des petites ou moyennes exploitations familiales, voient leurs marges se réduire dangereusement. Leur situation s’est aggravée depuis le début de la guerre en Iran, qui a déclenché une série de répercussions économiques en cascade.
La guerre entre les États-Unis et l’Iran, en cours depuis six mois au moment de l’article (août 2026), est identifiée comme la cause principale de la crise agricole. Ce conflit a perturbé le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, une voie navigable stratégique où transite une grande partie du pétrole mondial. Cette perturbation a fait flamber le prix du diesel, carburant essentiel pour les machines agricoles. De plus, l’approvisionnement en engrais, déjà coûteux depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, s’est encore dégradé. Par exemple, un engrais riche en phosphore coûte aujourd’hui 900 dollars (770 euros) la tonne, contre 470 dollars il y a dix ans.
Les agriculteurs du Corn Belt subissent une augmentation généralisée des coûts de production. Outre le diesel et les engrais, d’autres intrants comme les semences ou les pesticides voient leurs prix s’envoler. Cette hausse est directement liée aux tensions géopolitiques, notamment la guerre en Iran et ses répercussions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Par exemple, le coût des engrais a presque doublé en dix ans, ce qui réduit fortement la rentabilité des exploitations. Les agriculteurs estiment être des victimes collatérales des conflits commerciaux menés par l’administration américaine actuelle.
La guerre en Iran et les tensions commerciales ont également nui aux exportations agricoles américaines, un secteur clé de l’économie du pays. Les ventes de soja vers la Chine, un marché majeur pour les producteurs américains, ont particulièrement souffert. Les agriculteurs accusent ces conflits d’avoir fragilisé leur position sur les marchés internationaux. Une étude de l’American Farm Bureau Federation (AFBF), une organisation professionnelle du secteur agricole, révèle que sans aide publique, les agriculteurs des neuf cultures principales (dont le maïs) perdraient 31 milliards de dollars (26,6 milliards d’euros) en 2026 et 32 milliards (27,5 milliards d’euros) en 2027. John Hansen, président de la Nebraska Farmers Union, qualifie cette situation de pire crise financière depuis les années 1980.
La crise agricole risque d’avoir des conséquences politiques, notamment lors des élections de mi-mandat prévues début novembre 2026. Plus de 53 % des électeurs inscrits estiment que leur situation financière s’est dégradée depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025. Le sénateur républicain Thom Tillis a reconnu, fin août 2026, qu’aucun message positif n’était à transmettre au monde agricole. Trump avait pourtant promis en juin 2026 : « Nous ne vous laisserons jamais tomber ». Son administration a débloqué une enveloppe de 11 milliards de dollars (9,4 milliards d’euros) pour aider les agriculteurs, mais les organisations agricoles jugent cette somme insuffisante face à l’ampleur de la crise.
Certaines décisions de l’administration Trump ont provoqué des tensions au sein du secteur agricole. Par exemple, la suspension pour quatre-vingt-dix jours des **droits de douane** sur 300 000 tonnes d’importations de viande bovine, annoncée mi-août 2026, a été perçue comme une *trahison* par les éleveurs américains. Ces derniers craignent une concurrence accrue et une baisse des prix de leur production. Cette mesure s’inscrit dans une série d’initiatives visant à contrer la hausse des prix alimentaires, mais elle a suscité une levée de boucliers dans le secteur agricole, déjà en difficulté.

