Cet asphalte pourrait absorber 95% de la chaleur du soleil et promet des villes plus fraîches
Sous le soleil d'été, le bitume des villes emmagasine la chaleur toute la journée, puis la restitue la nuit. Les canicules urbaines s'en trouvent aggravées, surtout dans les quartiers sans arbres.
Des chercheurs ont développé un type d’asphalte capable d’absorber jusqu’à 95 % de la chaleur émise par le soleil. Contrairement à l’asphalte traditionnel, qui accumule la chaleur et la restitue, ce matériau innovant limite la montée des températures en ville. L’asphalte classique, sombre et dense, absorbe et conserve la chaleur, contribuant à l’effet d’îlot de chaleur urbain, un phénomène où les villes deviennent significativement plus chaudes que les zones rurales environnantes. Ce nouvel asphalte utilise des propriétés réfléchissantes et des matériaux à changement de phase pour dissiper la chaleur accumulée, réduisant ainsi les températures de surface jusqu’à 20 degrés Celsius par rapport à l’asphalte traditionnel.
L’utilisation de cet asphalte pourrait transformer les environnements urbains en réduisant les températures locales de plusieurs degrés. Cela aurait un impact direct sur la consommation d’énergie liée à la climatisation, diminuant ainsi les émissions de gaz à effet de serre. De plus, cette solution contribuerait à améliorer le confort des habitants et à réduire les risques de coups de chaleur, particulièrement dangereux pour les populations vulnérables comme les personnes âgées ou les enfants. Les villes pourraient également voir une baisse des coûts liés à l’entretien des infrastructures routières, souvent endommagées par la dilatation thermique des matériaux sous l’effet de la chaleur.
Le matériau repose sur une combinaison de granulats réfléchissants et de microcapsules remplies d’un fluide à changement de phase. Ces microcapsules, souvent composées de cire ou de paraffine, absorbent la chaleur en fondant et la restituent progressivement lorsque la température baisse, comme un système de régulation thermique. Ce mécanisme permet de stocker la chaleur pendant la journée et de la libérer la nuit, évitant ainsi une accumulation excessive. Les chercheurs précisent que cette technologie est compatible avec les infrastructures routières existantes et ne nécessite pas de modifications majeures des procédés de construction.
Les tests menés en laboratoire et sur des portions de routes pilotes ont montré une réduction significative des températures de surface. Par exemple, sur une section de route recouverte de ce nouvel asphalte, la température mesurée était de 40 °C, contre 60 °C pour l’asphalte traditionnel à la même heure. Les chercheurs estiment que cette technologie pourrait être déployée à grande échelle d’ici cinq à dix ans, sous réserve de validations supplémentaires et d’adaptations réglementaires. Les coûts de production restent un facteur à étudier, bien que les économies réalisées sur la climatisation et l’entretien des routes pourraient compenser cet investissement initial.
L’adoption de cet asphalte innovant soulève plusieurs questions, notamment celle de son coût et de sa durabilité à long terme. Les chercheurs travaillent également à optimiser sa résistance aux intempéries et à l’usure. Sur le plan écologique, bien que ce matériau réduise les besoins en climatisation, sa production pourrait générer des émissions de CO₂ liées à la fabrication des microcapsules. Les villes pionnières dans ce domaine, comme Los Angeles aux États-Unis, ont déjà commencé à tester des solutions similaires, mais son déploiement à grande échelle dépendra de l’engagement des gouvernements et des acteurs du BTP.

