Record de température : l'océan est en surchauffe depuis 100 jours
L'océan global a franchi le 10 septembre un cap symbolique et alarmant : cela fait maintenant 100 jours qu'il est en surchauffe. Depuis le 2 juin, sa température moyenne de surface (hors zones polaires) dépasse quotidiennement les précédents records journaliers de chaleur, alertent un collectif de scientifiques spécialistes des océans, en se basant sur les données de l'Agence étasunienne d'observation océanique et atmosphérique (Noaa).
Depuis le 14 mars 2023, la température moyenne de surface des océans du monde entier dépasse chaque jour les niveaux habituels pour cette période de l’année. Selon les données de l’Administration nationale océanique et atmosphérique (NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration), cette surchauffe s’étend sur plus de 100 jours consécutifs, un record inédit depuis le début des relevés en 1981. Les océans couvrent environ 71 % de la surface de la Terre et jouent un rôle crucial dans la régulation du climat en absorbant plus de 90 % de l’excès de chaleur dû au réchauffement climatique. Cette hausse des températures océaniques est mesurée en degrés Celsius (°C) par rapport à une moyenne de référence calculée sur plusieurs décennies (1982-2011).
La cause principale de cette surchauffe océanique est le réchauffement climatique, lui-même principalement causé par les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’origine humaine, comme le dioxyde de carbone (CO₂) ou le méthane (CH₄). Ces gaz piègent la chaleur dans l’atmosphère, ce qui réchauffe progressivement la planète. Les océans, en absorbant cette chaleur, voient leur température augmenter. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les océans ont absorbé plus de 90 % de l’excès de chaleur dû aux activités humaines depuis 1970. Cette absorption a un coût : elle contribue à l’acidification des océans, à la montée des eaux et à la perturbation des écosystèmes marins.
La hausse des températures océaniques a des conséquences dramatiques sur les écosystèmes marins. Les coraux, par exemple, sont particulièrement vulnérables : une augmentation même de 1 °C peut provoquer leur blanchiment, un phénomène où ils expulsent les algues qui les nourrissent et meurent. En 2023, des épisodes de blanchiment massifs ont été observés dans la Grande Barrière de corail en Australie, un écosystème déjà menacé. Les poissons et autres espèces marines voient aussi leurs habitats se dégrader, ce qui menace la biodiversité et les activités humaines dépendantes, comme la pêche. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plus de 3 milliards de personnes dépendent des océans pour leur alimentation.
Les océans surchauffés influencent également les phénomènes météorologiques à l’échelle mondiale. Une eau plus chaude favorise l’évaporation, ce qui peut intensifier les précipitations et les tempêtes. Par exemple, l’ouragan Otis, qui a frappé le Mexique en octobre 2023, a été alimenté par des eaux anormalement chaudes dans le Pacifique. De plus, cette chaleur océanique peut perturber les courants marins comme le Gulf Stream, essentiel pour réguler le climat en Europe. Une étude publiée dans la revue Nature en 2021 a montré que le Gulf Stream pourrait s’affaiblir de 15 % d’ici 2100 si le réchauffement climatique se poursuit.
Face à cette situation alarmante, des scientifiques et des institutions appellent à une action urgente. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a qualifié la crise climatique d’*urgence mondiale* lors d’un discours en septembre 2023. Des chercheurs de la *NOAA* et du *GIEC* soulignent la nécessité de réduire drastiquement les émissions de GES pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, comme le prévoit l’*Accord de Paris* signé en 2015. Cependant, les engagements actuels des États ne permettent pas d’atteindre cet objectif. En France, le gouvernement a annoncé en 2023 un plan de 1 milliard d’euros pour la protection des océans, mais les associations environnementales jugent ces mesures insuffisantes.

