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Société

À voir au cinéma: «Notre salut» ou le doux vertige de l'ignominie

Slate FR · mis à jour 29 sept.

Le film d'Emmanuel Marre invente une approche inédite et saisissante de Vichy, à la fois très précise et inscrite dans des contextes bien plus vastes..

Contexte historique

Le film Notre salut, réalisé par Emmanuel Marre, se déroule en France pendant l'Occupation, à l'automne 1940, peu après la signature de l'armistice par le maréchal Pétain et la prise de pouvoir du régime de Vichy. Cette période marque le début de la collaboration avec l'Allemagne nazie et l'instauration d'un gouvernement français sous occupation. Le film s'intéresse particulièrement à la manière dont des fonctionnaires locaux, comme le personnage principal Henri Marre, ont participé à cette époque en s'adaptant aux nouvelles règles politiques et sociales imposées par le régime. Vichy, ville du centre de la France, devient alors un symbole de cette collaboration administrative et politique.

Personnage central

Henri Marre, interprété par Swann Arlaud, est un ancien ingénieur devenu fonctionnaire ambitieux et frustré. Il cherche à faire reconnaître ses idées, qu'il expose dans un livre qu'il distribue avec insistance. Marre incarne une figure à la fois arrogante, calculatrice et maladroite, se voyant en grand organisateur mais occupant finalement un poste subalterne à Limoges. Le film révèle comment il s'accommode de son rôle dans l'administration vichyste, participant notamment à l'organisation de la déportation des Juifs vers les camps de la mort sans y être directement contraint, mais sans non plus s'y opposer activement. Son parcours illustre la soumission aux codes dominants d'une époque.

Approche cinématographique

Emmanuel Marre utilise une mise en scène dynamique pour décrire l'environnement politique et social de l'Occupation. La caméra circule entre les groupes, s'attarde sur des dialogues ou des anecdotes, créant une immersion dans un microcosme où se jouent des alliances, des conflits et des soumissions. Le film alterne entre des scènes de la vie quotidienne et des moments plus dramatiques, comme la déportation, sans recourir à la brutalité explicite. Cette approche permet de montrer comment une dictature locale se met en place par l'adhésion passive d'une grande partie des élites et de la population. La réalisation est récompensée à Cannes pour son originalité et sa finesse.

Anachronismes et musique

Le film intègre des anachronismes ludiques, comme l'utilisation de tubes des années 1970-80 tels que Popcorn de Hot Butter ou Live Is Life d'Opus. Ces choix musicaux, bien que décalés par rapport à l'époque du récit, servent à souligner la liberté artistique du réalisateur et à créer des contrastes entre les époques. Ils ajoutent une dimension comique et entraînante, tout en revendiquant une approche créative qui dépasse les contraintes historiques strictes. Ces éléments participent à l'amplitude émotionnelle et narrative du film.

Rôle des personnages féminins

Deux personnages féminins, Paulette (Sandrine Blancke) et Corinne (Mathilde Abd-el-Kader), apportent une dimension plus humaine et attachante au récit. Paulette, épouse d'Henri Marre, est une figure complexe et inventive, autour de laquelle pourraient s'articuler d'autres fictions. Corinne, secrétaire embauchée pour assister Marre, incarne une présence vivante et contrastée face à l'autocentrisme du personnage principal. Leur rôle met en lumière les dynamiques familiales et professionnelles, ainsi que les tensions entre affection, déception et incompréhension dans un contexte historique difficile.

Thèmes universels

Le film dépasse le cadre historique de l'Occupation pour aborder des thèmes universels comme l'ambition personnelle, la soumission aux normes dominantes, et les mécanismes de la collaboration. Les théories de management promues par Henri Marre pourraient s'appliquer à des contextes contemporains, comme les programmes politiques actuels. Le récit montre comment des décisions rationnelles en apparence peuvent mener à des conséquences tragiques, soulignant que ces mécanismes ne sont pas spécifiques à une époque. La caméra, en circulant entre les situations et les affects, rend sensibles ces continuités entre vie privée et engagement dans le mal.

Réception et originalité

Notre salut est salué comme l'un des films français les plus importants sur la période de l'Occupation, grâce à sa capacité à mêler grande et petite histoire, ainsi qu'à questionner les mécanismes du mal. Présenté au festival de Cannes 2026, il est reconnu pour son amplitude émotionnelle et narrative, ainsi que pour son approche unique de la collaboration. Le film évite de juger le personnage principal, se contentant de montrer comment des choix individuels, même médiocres, peuvent s'inscrire dans des logiques collectives destructrices. Cette neutralité renforce la portée du récit.

Ce que ça pourrait changer

Le film *Notre salut*, réalisé par Emmanuel Marre, dure 2h39 et sort en salles le 30 septembre 2026. Il met en scène Swann Arlaud dans le rôle d'Henri Marre, Sandrine Blancke dans celui de Paulette, et Mathilde Abd-el-Kader dans le rôle de Corinne. Le scénario, récompensé à Cannes, s'appuie sur des archives familiales du réalisateur, notamment la correspondance de ses grands-parents. Le film est produit par Condor Films et distribué par Allociné. Il s'agit du deuxième long-métrage d'Emmanuel Marre, après *Rien à foutre*, co-réalisé avec Julie Lecoustre.

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