Centres de données au Canada : pourquoi un tel essor et quelles sont les conséquences?
Et quels sont les risques pour la santé d'habiter près d’un centre de données?.
Le Canada connaît une augmentation spectaculaire des centres de données, ces infrastructures qui stockent et traitent les informations numériques. En 2024, 700 millions de dollars ont été investis pour stimuler leur création ou leur agrandissement, et une stratégie nationale en intelligence artificielle (IA) prévoit au moins deux milliards de dollars supplémentaires. Cette stratégie vise à faire passer le taux d’adoption de l’IA par les entreprises canadiennes de 12 % aujourd’hui à 60 % d’ici 2034. Actuellement, le pays compte cinq centres de données d’une capacité d’au moins 50 mégawatts, mais ce nombre devrait exploser avec 159 projets en construction ou en planification en juillet 2026. Parmi eux, 116 devraient dépasser les 100 mégawatts, une première au Canada. À titre de comparaison, 50 mégawatts suffisent à alimenter 37 500 maisons. L’Alberta concentre à elle seule 93 % de la capacité totale des centres de données du pays si tous les projets actuels aboutissent.
Les centres de données dédiés à l’IA consomment bien plus d’électricité que les centres traditionnels. Alors que ces derniers nécessitent quelques mégawatts, les nouveaux centres IA en requièrent des centaines, voire des milliers. Par exemple, un centre de 100 mégawatts peut consommer autant d’électricité qu’une petite ville. Cette demande massive pose un défi majeur pour les réseaux électriques canadiens, surtout lors des vagues de chaleur ou de froid, où la pression sur les infrastructures est maximale. Anne Pasek, chercheuse à l’Université Trent, souligne que cette surcharge pourrait entraîner des coupures ou des instabilités. De plus, la plupart des nouveaux projets en Alberta prévoient d’utiliser du gaz naturel pour s’alimenter, ce qui soulève des questions sur leur impact environnemental et leur contribution aux émissions de gaz à effet de serre.
Les centres de données génèrent une chaleur intense, ce qui nécessite un refroidissement constant. Une méthode courante est le refroidissement par évaporation, qui utilise d’énormes quantités d’eau. Les petits centres peuvent prélever des dizaines de milliers de litres par jour, tandis que les très grands centres, comme ceux de 100 mégawatts, en consomment jusqu’à 2,5 milliards de litres par an. Cette eau est souvent puisée dans des bassins versants locaux, puis évaporée et transformée en nuages avant de retomber sous forme de pluie dans des régions éloignées, sans retour possible vers le bassin d’origine. Cela pose un risque pour les ressources en eau locales et peut affecter les communautés environnantes, notamment en période de sécheresse.
Les centres de données posent plusieurs risques pour la santé des populations voisines. D’abord, leur alimentation en énergie par des centrales au gaz naturel ou au méthane génère des émissions de particules fines et d’autres polluants atmosphériques. Ces particules sont associées à des problèmes respiratoires, cardiovasculaires et neurocognitifs, ainsi qu’à l’aggravation de l’asthme. Ensuite, le bruit constant des ventilateurs et des générateurs, y compris des bourdonnements à basse fréquence, peut provoquer du stress et des troubles du sommeil. Enfin, la mauvaise gestion des eaux usées rejetées par les systèmes de refroidissement peut contaminer les ressources en eau locales, affectant la qualité de l’eau potable et des écosystèmes.
L’implantation des centres de données divise les communautés. Leurs partisans y voient une opportunité économique majeure pour le Canada, tandis que leurs opposants s’inquiètent des conséquences environnementales et sanitaires. En Alberta, des centaines de personnes ont participé à des consultations publiques pour exprimer leurs craintes, notamment sur des projets comme celui de Meta, évalué à 13 milliards de dollars. Un autre projet controversé, le parc Wonder Valley d’une valeur de 70 milliards de dollars, est contesté par la nation crie de Sturgeon Lake, qui dénonce un manque de consultation sur l’utilisation de l’eau. Ces tensions soulèvent la question de l’équilibre entre développement économique et protection des communautés et de l’environnement.
Pour limiter les impacts négatifs, certaines solutions sont envisagées. Construire les centres dans des zones éloignées pourrait réduire les risques pour les populations, mais cela déplacerait les problèmes vers des communautés rurales ou autochtones, souvent moins équipées pour faire face à ces enjeux. Une autre piste est l’utilisation d’énergies renouvelables comme l’éolien ou le solaire pour alimenter ces centres, réduisant ainsi les émissions de gaz à effet de serre. Cependant, la plupart des projets actuels en Alberta prévoient encore d’utiliser du gaz naturel. Enfin, des restrictions de zonage et des études acoustiques pourraient être mises en place pour limiter la pollution sonore, bien que ces mesures entraînent des coûts supplémentaires pour les entreprises.

