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Géopolitique

Le club de football kurde d’Amedspor peut-il aider à la réconciliation en Turquie ?

Courrier International · mis à jour il y a 8 j

Le club emblématique des Kurdes de Turquie joue pour la première fois, cette saison, en première division. Si son arrivée en Süper Lig était redoutée et que plusieurs de ses supporteurs ont été agressés, il pourrait aussi incarner l’idée d’“un avenir commun” dans le cadre du processus de paix entre l’État turc et la guérilla du PKK, espère notamment le média en ligne “T24”..

Amedspor en Süper Lig

Le club de football kurde Amedspor, basé à Diyarbakir (appelée Amed en kurde), évolue pour la première fois de son histoire en première division turque, la Süper Lig, lors de la saison 2026-2027. Cette promotion historique, obtenue en mai 2026, est perçue comme un symbole fort par la minorité kurde de Turquie, qui représente environ 15 à 20 % de la population turque. Le club, fondé en 1990, porte fièrement son identité kurde, ce qui a souvent suscité des tensions avec les autorités et les supporters nationalistes turcs. Son accession à l'élite du football turc marque un tournant, alors que le pays tente de relancer un processus de paix avec le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), un groupe armé kurde considéré comme terroriste par la Turquie, l'Union européenne et les États-Unis.

Tensions et provocations

L'arrivée d'Amedspor en Süper Lig a ravivé les tensions entre supporters kurdes et nationalistes turcs. Lors du deuxième match de la saison 2026-2027 contre Kocaelispor, les joueurs et supporters d'Amedspor ont été accueillis par une tribune adverse brandissant des sacs jaunes, une référence directe aux sacs mortuaires utilisés par l'armée turque pour les combattants du PKK tués au combat. Cette provocation s'inscrit dans un contexte où les relations entre l'État turc et la minorité kurde restent tendues, malgré des tentatives de dialogue. En janvier 2026, le club avait déjà été sanctionné par la Fédération turque de football pour avoir diffusé une vidéo de supporters kurdes se tressant les cheveux en tribune, en réponse à une vidéo virale d'un djihadiste syrien brandissant une natte de combattante kurde syrienne tuée.

Rôle dans la réconciliation

Malgré ces tensions, certains observateurs, comme le média en ligne turc T24, voient en Amedspor un acteur potentiel de réconciliation nationale. Le club pourrait incarner l'idée d'un avenir commun entre Turcs et Kurdes, dans un pays où les divisions ethniques et politiques sont profondes. Son parcours en Süper Lig, s'il est marqué par le respect mutuel, pourrait contribuer à normaliser les relations entre les communautés. Cependant, cette hypothèse reste fragile : les provocations lors des matchs montrent que les préjugés et les violences symboliques persistent. Le football, souvent décrit comme un langage universel, pourrait ainsi devenir un terrain de dialogue ou, à l'inverse, de confrontation, selon l'attitude des acteurs impliqués.

Ce que ça pourrait changer

La Turquie traverse une période de transition politique, avec des négociations en cours pour relancer le processus de paix avec le PKK, interrompu depuis 2015. Ce conflit, qui a fait plus de 40 000 morts depuis 1984, oppose l'État turc à un mouvement kurde revendiquant plus d'autonomie, voire l'indépendance pour certaines factions. Le gouvernement turc, dirigé par Recep Tayyip Erdoğan, a récemment adopté une posture plus ouverte envers les Kurdes, mais les nationalistes turcs restent très influents. Dans ce contexte, le parcours d'Amedspor en Süper Lig est observé avec attention : il pourrait soit apaiser les tensions, soit les exacerber, selon la manière dont les supporters et les autorités gèrent cette cohabitation forcée.

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