On a trouvé le plus ancien homme tué par une lance, il y a 75.000 ans
Un Néandertalien mortellement blessé pourrait être le plus ancien exemple connu d'humain tué par une lance. Les circonstances du drame survenu il y a 75.000 ans restent difficiles à éclaircir..
Des chercheurs ont identifié ce qui pourrait être le plus ancien cas connu d’un être humain tué par une lance, remontant à environ 75 000 ans. Cette découverte a été publiée dans la revue Scientific Reports et relayée par IFL Science. L’individu en question est un Néandertalien, dont les restes ont été retrouvés dans la grotte de Shanidar, située dans le Kurdistan irakien. Les archéologues ont découvert une perforation à l’omoplate, un os plat situé dans le haut du dos, qui suggère une blessure infligée par une arme pointue comme une lance. Cette trouvaille soulève des questions sur l’usage de la violence entre individus ou groupes humains à cette époque reculée. Les chercheurs ne peuvent cependant pas déterminer si cette blessure résulte d’un accident ou d’un acte délibéré, ni si l’agresseur était un autre Néandertalien ou un Homo sapiens.
La grotte de Shanidar, au Kurdistan irakien, est un site archéologique majeur pour l’étude des Néandertaliens. Elle a déjà livré de nombreux squelettes, dont certains présentent des traces de rituels funéraires, comme l’un d’eux recouvert de pollen, suggérant que des fleurs étaient déposées lors des enterrements il y a des dizaines de milliers d’années. Cette grotte a permis de mieux comprendre le mode de vie, les pratiques culturelles et les comportements des Néandertaliens. La découverte récente d’une omoplate perforée s’ajoute à ce corpus de connaissances, offrant un nouvel éclairage sur les interactions sociales et les conflits potentiels au sein de ces groupes humains. L’extraction de l’omoplate, en un seul bloc sous près de huit mètres de roche et de sédiments, a été rendue possible grâce à la conservation exceptionnelle du site.
Les Néandertaliens utilisaient des lances en bois il y a au moins 400 000 ans, comme en témoignent des preuves archéologiques. Ces armes servaient principalement à la chasse, mais leur usage pour régler des conflits entre individus ou groupes reste une question ouverte. La découverte de l’omoplate perforée à Shanidar pourrait indiquer que les lances étaient aussi employées dans des contextes de violence interpersonnelle. Cependant, les chercheurs soulignent que la mauvaise conservation des outils en bois rend difficile l’établissement de certitudes. L’étude de cette blessure permet donc de combler une partie des lacunes sur les comportements violents ou accidentels des Néandertaliens, tout en rappelant que ces hominidés ne peuvent être réduits à une image de brutes violentes.
Les chercheurs hésitent entre deux hypothèses pour expliquer la blessure de l’omoplate. D’une part, il pourrait s’agir d’un accident lors d’une tentative de chasse, par exemple en transperçant un mammouth de très près et en échouant. D’autre part, la localisation précise de la perforation, compatible avec une visée vers le cœur, pourrait indiquer un meurtre délibéré. Emma Pomeroy, archéologue à l’université de Cambridge, souligne l’exceptionnalité de la conservation de cette omoplate, un os fin et fragile, rarement retrouvé intact dans les sépultures modernes. Cette découverte ne permet pas de trancher définitivement, mais elle ouvre des pistes pour comprendre les dynamiques de violence ou d’accidents au sein des groupes de Néandertaliens.
Longtemps perçus comme des êtres brutaux et violents, les Néandertaliens sont aujourd’hui reconnus pour leur complexité culturelle et sociale. Les découvertes dans la grotte de Shanidar, comme les sépultures avec des fleurs ou cette omoplate perforée, montrent qu’ils avaient des pratiques symboliques et des comportements variés. Les chercheurs insistent sur le fait que, bien qu’ils ne soient pas des pacifistes, ils ne peuvent être réduits à une image simpliste de guerriers. Cette nuance est importante pour éviter les généralisations abusives et mieux appréhender leur mode de vie. La découverte de l’omoplate à Shanidar s’inscrit dans cette réévaluation de leur image, en apportant des éléments concrets sur leurs interactions, qu’elles soient pacifiques ou conflictuelles.

