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Géopolitique

Les films de Bruce Lee ont fait de la Côte d’Ivoire une terre de kung-fu

Courrier International · mis à jour il y a 16 j

Depuis les années 1970, les arts martiaux chinois connaissent une grande popularité dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, où ils ont trouvé un public et se sont même institutionnalisés. Le “South China Morning Post” décrit l’engouement de jeunes Ivoiriens pour une discipline qui mêle attrait esthétique et moral..

Kung-fu en Afrique

Dans les années 1970, les arts martiaux chinois, communément appelés kung-fu (terme utilisé hors de Chine pour désigner plusieurs styles d’arts martiaux traditionnels chinois), ont connu un essor inattendu en Côte d’Ivoire. Ce phénomène s’explique notamment par l’arrivée massive de films d’action hongkongais, doublés en français, qui ont séduit un public ivoirien en quête de divertissement et d’inspiration. Les films de Bruce Lee, figure emblématique du kung-fu, ont joué un rôle central dans cette popularisation. Cependant, ce n’est pas le seul facteur : la couverture médiatique locale a également amplifié l’engouement pour cette discipline, perçue comme un mélange d’esthétique spectaculaire et de valeurs morales, comme la discipline ou le dépassement de soi.

Figures clés du kung-fu ivoirien

Meite Siaka, fonctionnaire des impôts, maître de conférences à l’École nationale d’administration (ENA) d’Abidjan et premier adjoint au maire de Kani, est une figure majeure du kung-fu en Côte d’Ivoire. Âgé d’une soixantaine d’années, il a découvert les arts martiaux chinois grâce aux films de Bruce Lee. En 2008, il a fondé la Fédération ivoirienne des Arts martiaux chinois (FIAMC), une organisation visant à structurer et promouvoir la pratique du kung-fu dans le pays. Meite Siaka enseigne également dans plusieurs clubs et milite pour une démocratisation de cette discipline, contribuant ainsi à son institutionnalisation en Côte d’Ivoire.

Contexte diplomatique tardif

La popularité du kung-fu en Côte d’Ivoire s’est développée bien avant l’établissement de relations diplomatiques officielles entre la Côte d’Ivoire et la Chine. Ces relations n’ont été instaurées qu’en 1983, soit plus d’une décennie après l’arrivée des films de Bruce Lee et des autres productions hongkongaises. Cette période de fascination pour les arts martiaux chinois montre comment une culture populaire peut transcender les barrières géopolitiques et s’imposer dans un pays sans lien historique ou politique avec sa région d’origine.

Structuration d’une discipline

La FIAMC, fondée par Meite Siaka, joue un rôle clé dans l’homogénéisation des pratiques du kung-fu en Côte d’Ivoire. Cette fédération travaille à standardiser les méthodes d’enseignement et à organiser des compétitions locales, tout en promouvant les valeurs associées à cette discipline, comme la rigueur, la persévérance et le respect. Grâce à ces efforts, le kung-fu est passé d’une simple passion pour les films à une pratique structurée, avec des clubs et des compétitions reconnus dans tout le pays.

Ce que ça pourrait changer

Le succès du *kung-fu* en Côte d’Ivoire ne repose pas uniquement sur son aspect spectaculaire, mais aussi sur les valeurs qu’il véhicule. Pour les pratiquants ivoiriens, cette discipline représente bien plus qu’un sport : elle incarne un idéal de discipline personnelle, de maîtrise de soi et de dépassement des limites. Cette dimension morale, combinée à l’esthétique des mouvements, explique pourquoi le *kung-fu* a su trouver un écho profond dans la société ivoirienne, bien au-delà des salles de sport.

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