L’eau sous tension à Cuba
Depuis plusieurs mois, la crise énergétique perturbe l’approvisionnement en eau dans une grande partie du pays..
Depuis plusieurs mois, Cuba fait face à une crise énergétique majeure qui perturbe gravement l’accès à l’eau pour une grande partie de la population. Les coupures d’électricité fréquentes, causées par un manque de carburant et des infrastructures vieillissantes, paralysent les stations de pompage qui alimentent le réseau d’eau. Selon l’Institut national des ressources hydrauliques, près de trois millions de Cubains rencontrent quotidiennement des difficultés pour s’approvisionner en eau. Les autorités cubaines imputent cette situation aux sanctions américaines, qui limitent l’accès au pétrole, ainsi qu’à la crise économique et au sous-investissement chronique dans les infrastructures. Le système hydraulique ne dispose que de 37 % du carburant nécessaire à son fonctionnement, aggravant ainsi la pénurie d’eau dans le pays.
Les infrastructures d’eau à Cuba, souvent anciennes et mal entretenues, souffrent d’un manque chronique de pièces de rechange et de réparations. À La Havane, entre 40 et 70 % de l’eau est perdue à cause des fuites dans le réseau avant même d’atteindre les habitations. Les stations de pompage, qui dépendent de l’électricité pour fonctionner, s’arrêtent régulièrement, laissant des quartiers entiers sans eau courante pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Dans certaines zones, comme le quartier de Centro Habana, les habitants doivent stocker l’eau dans des citernes bleues installées sur les toits dès que l’électricité revient, par crainte de nouvelles coupures. Ces citernes permettent de pallier l’absence d’eau courante, mais leur efficacité dépend entièrement de la disponibilité intermittente de l’électricité.
Face à l’absence d’eau courante, les Cubains développent des stratégies de survie pour s’approvisionner. Les livraisons par camions-citernes sont devenues indispensables dans de nombreux quartiers de La Havane, mais les habitants doivent parfois attendre des heures pour remplir leurs réservoirs. D’autres se tournent vers des travailleurs de l’eau, comme Juan Miguel Reyes, un ancien médecin sans emploi, qui transporte quotidiennement des centaines de litres d’eau à vélo ou en triporteur pour approvisionner les familles. Ces travailleurs vendent l’eau à des prix variables, par exemple 1500 pesos cubains (environ 2,80 $CA) pour un réservoir de 200 litres, gagnant ainsi entre 5 $CA et 8 $CA par jour. Mirella Martinez, une retraitée de 61 ans, parcourt quant à elle près d’un kilomètre trois fois par jour avec des jerricans pour rapporter de l’eau, qu’elle fait ensuite bouillir et filtrer avant de la consommer.
La crise de l’eau et de l’électricité redessine le quotidien et les moyens de subsistance d’une partie de la population cubaine. Des personnes comme Roberto Pérez Morales, un retraité de 65 ans, complètent leur pension de 2000 pesos cubains (environ 3,80 $CA) par mois en transportant et revendant de l’eau. D’autres, comme Paul Molina, un ancien conducteur de camion-citerne, se retrouvent sans emploi en raison du manque de carburant et tentent de survivre grâce à des petits travaux. Les inégalités se creusent également : les hôtels de luxe et les foyers aisés, équipés de réservoirs, de générateurs ou de panneaux solaires, sont moins touchés par les coupures. Cette situation aggrave les tensions sociales dans un pays déjà fragilisé par une économie en difficulté et des sanctions internationales.
Les autorités cubaines attribuent la crise à des facteurs externes, comme le durcissement des *sanctions américaines*, qui limitent l’accès au pétrole et aux pièces de rechange. Cependant, des observateurs soulignent aussi le rôle de la crise économique interne, du sous-investissement et de la dégradation des infrastructures. À La Havane, des réparations sont entreprises, comme à *Cotorro*, où un homme tente de réparer une canalisation endommagée, mais les moyens manquent pour résoudre durablement le problème. La situation reste précaire, avec des quartiers privés d’eau courante depuis des mois et des habitants contraints de s’adapter à un quotidien marqué par la pénurie. Aucune solution à long terme n’est évoquée dans l’article, laissant présager une aggravation des difficultés pour les Cubains dans les mois à venir.

