Blocages et confrontation : d'Act Up à Cancer colère, les malades passent à l'action
Des malades du cancer manifestent contre les pesticides le 3 octobre, en politisant leur condition. Une démarche qui trouve son inspiration dans les méthodes d'Act Up et l'activisme antivalidiste.
Le mouvement Act Up est une association française fondée en 1989, connue pour son activisme radical en faveur des droits des personnes vivant avec le VIH/sida. Elle a marqué l'histoire par des actions spectaculaires, comme des occupations de lieux publics ou des perturbations de conférences médicales, afin de dénoncer l'inaction des pouvoirs publics et des laboratoires pharmaceutiques face à l'épidémie. Son approche, souvent qualifiée de confrontationnelle, a inspiré d'autres collectifs de malades. Le terme confrontation renvoie ici à une stratégie d'affrontement direct avec les institutions, par opposition à des méthodes plus discrètes ou diplomatiques. Act Up a notamment obtenu des avancées comme l'accès gratuit aux traitements antirétroviraux en France, une première mondiale en 1996.
En 2023, un nouveau collectif nommé Cancer colère émerge, s'inspirant directement de l'héritage d'Act Up. Ce mouvement rassemble des personnes atteintes de cancer, une maladie qui touche environ 4 millions de Français chaque année. Contrairement à Act Up, qui ciblait principalement le VIH, Cancer colère dénonce les lacunes du système de santé face au cancer, notamment les délais d'attente pour les diagnostics et les traitements, ainsi que le manque de financements pour la recherche. Le collectif utilise des méthodes similaires à celles d'Act Up, comme des blocages routiers ou des occupations de bâtiments publics, pour attirer l'attention des médias et des décideurs politiques.
Les deux mouvements, Act Up et Cancer colère, partagent une stratégie d'action radicale, qualifiée de blocage ou de confrontation. Le terme blocage désigne ici des actions visant à paralyser temporairement des infrastructures ou des événements pour en perturber le fonctionnement normal. Par exemple, Cancer colère a organisé en 2023 des blocages de routes et des occupations de centres hospitaliers pour dénoncer les retards de prise en charge des patients. Ces méthodes, bien que controversées, visent à créer une pression médiatique et politique immédiate, en forçant les autorités à réagir. Les militants estiment que les canaux traditionnels de dialogue, comme les pétitions ou les réunions, sont insuffisants pour faire entendre leur voix.
Les collectifs ciblent principalement les institutions publiques et les acteurs du système de santé. Pour Act Up, les laboratoires pharmaceutiques étaient souvent pointés du doigt pour leurs prix élevés des médicaments contre le VIH, tandis que les pouvoirs publics étaient critiqués pour leur lenteur à mettre en place des politiques de prévention et de soins. Cancer colère, quant à lui, s'attaque aux hôpitaux publics et aux agences régionales de santé, accusés de gérer mal les ressources et de laisser des patients sans soins pendant des mois. Ces mobilisations visent à exposer les dysfonctionnements du système et à exiger des changements concrets, comme des augmentations de budgets ou des réformes organisationnelles.
Les actions radicales de ces collectifs suscitent des réactions contrastées. Certains les saluent comme une nécessité pour briser l'inertie des institutions, tandis que d'autres les critiquent pour leur manque de dialogue et leur potentiel à dégrader les relations avec les professionnels de santé. Par exemple, des blocages d'hôpitaux ont été perçus comme une entrave à l'accès aux soins pour d'autres patients. Les pouvoirs publics, de leur côté, reconnaissent parfois l'utilité de ces mobilisations pour mettre en lumière des problèmes structurels, mais rejettent les méthodes jugées trop agressives. Ces tensions illustrent le débat plus large sur les limites de l'activisme dans un système de santé déjà sous tension.
Malgré les controverses, ces mouvements ont obtenu des résultats tangibles. Act Up a contribué à des avancées majeures, comme la gratuité des traitements contre le VIH en France, une mesure qui a sauvé des milliers de vies. Cancer colère, encore jeune, a déjà forcé le gouvernement à annoncer des mesures pour réduire les délais de diagnostic du cancer, bien que les détails concrets restent à préciser. Ces succès montrent que l'activisme des malades peut, à terme, influencer les politiques publiques. Cependant, la pérennité de ces changements dépendra de la capacité des collectifs à maintenir une pression constante et à s'adapter aux évolutions du système de santé.

