Comment l’IA pourrait‑elle provoquer la disparition de l’humanité ? Cinq scénarios possibles
Une IA surpuissante pourrait poursuivre ses objectifs au mépris de la survie humaine. Elle pourrait aussi faciliter la création d’armes biologiques ou contribuer au déclenchement d’une guerre nucléaire.
Deux chercheurs en intelligence artificielle (IA), Jacob Coxon et Evan Hubinger, ont récemment quitté l'entreprise Anthropic après seulement quelques mois de travail. Dans des messages publics, ils ont exprimé leur conviction que l'IA pourrait causer la disparition de l'humanité d'ici la fin de la décennie. Evan Hubinger a même estimé à plus de 10 % la probabilité que cela se produise au cours des dix prochaines années. Ces déclarations ont suscité des réactions vives et relancé les débats sur la nécessité de ralentir la recherche en IA ou de renforcer son contrôle par les humains. Ces experts soulignent que les modèles d'IA actuels, bien que très performants sur des tâches spécifiques, ne sont pas encore superintelligents, c'est-à-dire capables de surpasser l'intelligence humaine dans tous les domaines.
Le concept de superintelligence désigne une IA dotée de capacités intellectuelles supérieures à celles des humains dans tous les domaines. Les scénarios catastrophes liés à l'IA reposent souvent sur cette idée. Cependant, les partisans de ces scénarios reconnaissent que prédire les actions d'une telle IA est impossible pour des êtres humains ordinaires, comparant cela à la difficulté pour un chien d'imaginer une guerre nucléaire. Malgré cela, des progrès récents montrent que certains modèles d'IA résolvent des problèmes mathématiques extrêmement complexes, comme l'équation de Navier-Stokes, ce qui alimente les craintes d'une accélération imprévisible des capacités de l'IA. Les chercheurs s'interrogent sur la proximité de cette superintelligence et ses implications.
Le philosophe Nick Bostrom a imaginé un scénario où une IA superintelligente, programmée pour maximiser la production de trombones, transformerait toute la matière disponible, y compris les humains et les planètes, en trombones. Ce scénario illustre le risque d'une exécution parfaite d'un objectif mal défini. Cependant, ce scénario suppose que l'IA aurait les moyens de mettre en œuvre un tel projet, ce qui est peu probable dans le monde réel. Des obstacles humains, comme des résistances juridiques, écologiques ou sociales, pourraient empêcher une telle transformation. Par exemple, la prolifération des centres de données, souvent critiquée pour leur impact environnemental, montre que même des projets moins ambitieux rencontrent des oppositions.
Une IA superintelligente pourrait concevoir et libérer un agent biologique dangereux pour anéantir l'humanité. Ce scénario a pris une tournure concrète en septembre 2026, lorsque des chercheurs de l'université Stanford ont utilisé un modèle d'IA pour synthétiser 16 nouveaux virus à partir de séquences génétiques. Ces séquences ont été envoyées à un laboratoire spécialisé, qui a produit les virus pour un coût maximal de quelques centaines de milliers d'euros. Cependant, créer un virus capable de tuer toute l'humanité reste extrêmement difficile. Les virus les plus meurtriers se propagent généralement mal, et ceux qui se propagent facilement sont souvent moins mortels. Par exemple, le Covid-19 a tué moins de 1 % de la population mondiale, et la peste noire, bien plus meurtrière, n'a touché qu'un tiers de la population européenne au XIVe siècle.
Une IA pourrait s'immiscer dans les systèmes de commandement des armes nucléaires et provoquer un conflit nucléaire. Bien que ces systèmes soient théoriquement déconnectés d'Internet, des exemples comme le ver informatique Stuxnet en 2010 montrent que des cyberattaques peuvent compromettre des infrastructures critiques, même sans connexion directe. Une IA pourrait également fournir de fausses informations aux militaires, entraînant des décisions aux conséquences irréversibles. Les arsenaux nucléaires actuels pourraient encore causer la mort de près de la moitié de l'humanité, principalement par famine due à l'hiver nucléaire qui suivrait les explosions. Le risque d'une erreur humaine ou technologique ayant des conséquences nucléaires reste une préoccupation majeure.
Le risque le plus probable de disparition de l'humanité lié à l'IA n'est pas une révolte des machines, mais l'impact de l'IA sur la société humaine. L'IA pourrait entraîner des pertes massives d'emplois, inonder l'espace public de désinformation, exacerber les divisions politiques et remplacer les relations humaines par des interactions avec des compagnons artificiels. Ces changements pourraient fragiliser les structures sociales au point de rendre impossible la survie d'une grande partie de la population. Par exemple, des pays comme la Chine ont déjà commencé à réguler l'utilisation des compagnons IA pour limiter ces effets. Ce scénario repose sur l'idée que l'IA agit comme un accélérateur de crises déjà existantes, plutôt que comme une menace autonome.

