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Géopolitique

En Bourgogne, la transmission du domaine à ses enfants peut coûter très cher

Courrier International · mis à jour il y a 2 j

À la suite des achats de domaines par des milliardaires, le prix de la terre s’est envolé, rendant parfois l’achat de nouvelles parcelles impossible, et la succession entre parents et enfants compliquée, constate le quotidien belge “Le Soir”..

Bourgogne viticole en mutation

La Bourgogne, région française réputée pour ses vins d'exception, voit son paysage viticole transformé par l'afflux d'investisseurs étrangers. Des milliardaires ont récemment acquis des domaines prestigieux, comme celui de la Romanée-Conti, dont les bouteilles atteignent des records aux enchères. Cette tendance a provoqué une flambée des prix des terres viticoles, rendant l'accès à la propriété ou à l'agrandissement de parcelles de plus en plus difficile pour les vignerons locaux. Les noms des villages bourguignons sont souvent associés à leurs crus les plus célèbres, comme Vosne-Romanée, Gevrey-Chambertin ou Chambolle-Musigny, où des grands crus comme la Romanée-Conti, la Tâche ou le Musigny symbolisent l'excellence viticole. Ces vignobles, souvent en monopole (cultivés par un seul domaine), représentent une rareté dans le monde viticole et attirent une clientèle internationale.

Transmission familiale coûteuse

La hausse des prix des terres en Bourgogne complique considérablement la transmission des domaines viticoles de génération en génération. Traditionnellement, les parents transmettent leur exploitation à leurs enfants, souvent via des donations ou des héritages. Cependant, avec des prix pouvant atteindre des millions d'euros pour quelques hectares, les droits de succession ou les taxes sur les donations deviennent prohibitifs. Par exemple, un domaine de 5 hectares dans un grand cru comme la Romanée-Saint-Vivant peut valoir plusieurs dizaines de millions d'euros. Les enfants, même motivés, peinent à racheter les parts de leurs frères et sœurs ou à payer les droits de succession, qui peuvent représenter jusqu'à 40 % de la valeur du bien en France. Cette situation menace la pérennité de nombreux domaines familiaux, forçant certains à vendre à des investisseurs extérieurs.

Conséquences économiques

L'arrivée massive d'investisseurs étrangers et la spéculation sur les terres viticoles ont des répercussions économiques majeures en Bourgogne. D'une part, les prix des vignobles ont été multipliés par 5 à 10 en une décennie, rendant l'accès à la propriété inaccessible pour les jeunes vignerons locaux. D'autre part, cette inflation des prix crée une bulle spéculative, où la valeur des terres ne reflète plus leur rentabilité réelle. Les domaines viticoles, autrefois gérés par des familles depuis des générations, sont de plus en plus rachetés par des fonds d'investissement ou des milliardaires, souvent pour des raisons de prestige ou de placement financier. Cette tendance réduit la diversité des acteurs locaux et menace l'authenticité des terroirs bourguignons.

Rôle des monopoles viticoles

En Bourgogne, certains crus sont en monopole, c'est-à-dire cultivés par un seul domaine. Cette exclusivité est rare et contribue à la valeur exceptionnelle de ces vins. Par exemple, la Romanée-Conti ou la Grand-Rue sont des monopoles détenus par des familles ou des investisseurs depuis des décennies. Ces parcelles, souvent minuscules (moins de 2 hectares), génèrent des revenus colossaux grâce à la rareté de leurs vins. Cependant, leur transmission est particulièrement complexe : si un domaine en monopole est divisé entre plusieurs héritiers, la valeur de chaque part peut devenir ingérable financièrement. Les droits de succession s'appliquent alors sur une valeur totale élevée, même si la parcelle est indivisible.

Ce que ça pourrait changer

Face à cette crise de transmission, des solutions sont envisagées pour préserver les domaines familiaux. Certaines familles optent pour des *sociétés civiles immobilières (SCI)* afin de faciliter la transmission progressive des parts à leurs enfants, tout en étalant les coûts fiscaux. D'autres se tournent vers des dispositifs fiscaux avantageux, comme les *dons familiaux de sommes d'argent* (jusqu'à 100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans en France) ou les *exonérations partielles* sur les transmissions d'entreprises. Cependant, ces mécanismes restent insuffisants face à l'ampleur de la hausse des prix. Des associations de vignerons plaident pour une réforme des droits de succession sur les terres viticoles, afin de les aligner sur celles des terres agricoles classiques, moins taxées.

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