Un document de travail révèle les grandes lignes d’un rapprochement Canada-UE
L'ébauche de communiqué de presse a été préparée avant un sommet majeur prévu à la fin du mois à Montréal..
Le Canada et l’Union européenne (UE) préparent un partenariat renforcé appelé Alliance pour l’avenir, révélé par un document de travail préparé en vue d’un sommet à Montréal fin octobre 2026. Ce partenariat vise à approfondir leur collaboration dans plusieurs domaines stratégiques, notamment la sécurité numérique, les minéraux critiques et la lutte contre les feux de forêt. L’objectif affiché est de réduire la dépendance mutuelle envers les États-Unis, perçus comme moins fiables sur la scène internationale. Ce rapprochement s’inscrit dans une volonté commune de promouvoir un ordre mondial fondé sur des règles, en opposition aux pratiques protectionnistes ou unilatérales. Le sommet, prévu les 29 et 30 octobre à Montréal, réunira le premier ministre canadien Mark Carney, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, et d’autres dirigeants européens pour officialiser cet accord.
Dans le cadre de l’Alliance pour l’avenir, le Canada et l’UE prévoient d’harmoniser leurs cadres réglementaires pour faciliter les échanges dans le domaine numérique. Le Canada obtiendrait le statut de pays associé au système européen d’infonuagique (cloud) et d’intelligence artificielle (IA), ce qui lui permettrait de soumissionner pour des projets d’infrastructures numériques critiques habituellement réservés aux entreprises européennes. Cette mesure répond à une proposition d’Ursula von der Leyen visant à faire du Canada le premier pays membre associé de l’UE dans ce secteur. Le document précise que cette collaboration vise à renforcer la souveraineté numérique des deux parties, c’est-à-dire leur capacité à contrôler et protéger leurs données et infrastructures technologiques sans dépendre de partenaires extérieurs. Cependant, des défis persistent, comme l’adaptation des entreprises canadiennes, habituées à travailler avec le marché américain, plus accessible en raison de la langue et de la simplicité des réglementations.
L’UE et le Canada prévoient de faciliter les investissements européens dans les minéraux critiques canadiens, des ressources essentielles pour les technologies vertes, les batteries électriques ou les équipements militaires. Ces minéraux, comme le lithium, le cobalt ou les terres rares, sont cruciaux pour la transition énergétique et la souveraineté industrielle. Le document mentionne un accord spécifique pour encourager les entreprises européennes à investir dans l’extraction et le traitement de ces ressources au Canada. Cette collaboration s’inscrit dans une logique de diversification des approvisionnements, afin de réduire la dépendance de l’UE envers la Chine, qui domine actuellement ce marché. Pour le Canada, cela représente une opportunité économique majeure, notamment pour les provinces riches en ressources naturelles comme le Québec ou la Colombie-Britannique.
Le partenariat prévoit l’achat conjoint de 50 avions-citernes De Havilland de fabrication canadienne, destinés à lutter contre les feux de forêt. Ces appareils, dont la livraison est prévue pour 2030, seront utilisés par les deux parties pour renforcer leurs capacités de réponse aux incendies. Les avions-citernes sont des avions spécialisés dans le largage d’eau ou de produits retardants pour éteindre les feux de forêt. Le Canada, qui possède une expertise reconnue dans ce domaine avec des entreprises comme De Havilland (filiale de Bombardier), voit dans cette commande une opportunité de promouvoir son industrie aérospatiale tout en renforçant la coopération avec l’UE. Cette mesure s’ajoute aux autres projets d’infrastructure et de sécurité, illustrant l’étendue des domaines couverts par l’Alliance pour l’avenir.
Le Canada et l’UE cherchent à consolider leurs relations dans des secteurs variés, allant du commerce à l’éducation, en passant par le secteur militaire. L’objectif est de créer un bloc économique et politique plus résilient face aux incertitudes liées aux politiques américaines, notamment sous une administration susceptible de remettre en cause les alliances traditionnelles. Selon Patrick Leblond, professeur à l’Université d’Ottawa, le défi principal sera de maintenir cette dynamique malgré les réactions potentielles de la Maison-Blanche, notamment après le prochain cycle électoral américain. Le Canada, dirigé par Mark Carney, mise sur cette alliance pour diversifier ses partenariats et affirmer son rôle sur la scène internationale, tout en évitant une dépendance excessive envers les États-Unis. L’UE, de son côté, y voit une opportunité de renforcer sa présence en Amérique du Nord et de promouvoir ses normes et valeurs.
Le Canada envisage d’adhérer au système européen de navigation par satellite *Galileo*, un projet équivalent au GPS américain mais géré par l’UE. Ce système, opérationnel depuis 2016, offre une précision et une fiabilité supérieures au GPS, avec des applications civiles et militaires. L’adhésion du Canada à Galileo permettrait aux deux parties de renforcer leur coopération en matière de sécurité et de technologie, tout en réduisant leur dépendance envers les infrastructures américaines. Galileo est utilisé pour la navigation, les transports, les secours en cas de catastrophe ou les opérations militaires. Cette adhésion s’inscrit dans la logique plus large de l’*Alliance pour l’avenir*, qui vise à créer des synergies technologiques et industrielles entre le Canada et l’UE. Le document ne précise pas encore les modalités exactes de cette adhésion, mais elle devrait être officialisée lors du sommet de Montréal.

