Aires protégées : des projets, des consultations, mais peu de réponses
Le gouvernement tarde à statuer sur l'état de projets, comme celui du Crique-à-David, dans Lanaudière..
Le projet de parc naturel du Crique-à-David, porté par l’organisme Les Ami.e.s de la biodiversité du Crique-à-David, est l’un des 43 projets soumis en 2024 dans la région de Lanaudière pour créer des aires protégées au Québec. Ce projet vise à protéger 2 700 hectares de terres publiques situées au nord des municipalités de Saint-Damien et de Sainte-Émélie-de-l’Énergie. Thibaut Quinchon, président de l’organisme, souligne que les informations sur l’avancement du projet sont rares et que les citoyens comme les porteurs du projet ignorent où en est la démarche. Le Québec a lancé en 2024 un appel à projets pour atteindre l’objectif de protéger 30 % de son territoire d’ici 2030, dans le cadre de l’accord de Kunming-Montréal signé en 2022. À ce jour, seulement 18 % du territoire québécois est protégé, soit 1 % de plus qu’en 2020.
Le territoire visé par le projet du Crique-à-David est composé de forêts anciennes et de zones ayant échappé aux coupes forestières en raison de leur relief accidenté. Parmi ces forêts, on trouve notamment un vieux pin blanc, potentiellement l’un des plus vieux de son espèce dans la région, ce qui attire l’attention des chercheurs. Thibaut Quinchon explique que ce territoire, peu exploité jusqu’ici, est considéré comme un espace naturel intouché par les habitants locaux, qui souhaitent le préserver. Une collecte de fonds récente a permis de récolter 10 500 $ via la plateforme La Ruche, une somme qui sera doublée grâce à une campagne de sociofinancement. Ce soutien financier et citoyen illustre l’attachement des populations locales à ce projet.
Pour qu’un projet d’aire protégée soit étudié, il doit d’abord recevoir l’aval de la municipalité régionale de comté (MRC) concernée. Dans le cas du Crique-à-David, c’est la MRC de Matawinie, qui couvre 70 % du territoire de Lanaudière, qui a validé l’étude des 43 projets soumis dans la région. Isabelle Perreault, préfète de la MRC, précise que les projets ont été acceptés pour analyse, mais que le temps imparti pour les étudier était trop court. Une fois cette étape franchie, les projets devaient passer par des consultations régionales, puis être évalués par le ministère de l’Environnement et celui des Ressources naturelles et des Forêts, qui ont le dernier mot sur leur réalisation.
Les concertations régionales organisées par les conseils régionaux de l’environnement (CRE) du Québec ont duré un an et demi dans la région de Lanaudière. Leur objectif était de rassembler les différents acteurs locaux (municipalités, industrie touristique, foresterie, chasseurs, pêcheurs, etc.) pour aboutir à un consensus sur la délimitation des territoires à protéger et le statut de protection à leur accorder. Camille Éthier, chargée de projet pour le CRE de Lanaudière, indique que ces consultations viennent de se terminer et qu’une dernière rencontre est prévue en septembre 2026 pour finaliser un scénario régional de conservation. Ce scénario sera ensuite transmis au gouvernement en novembre 2026. Les discussions autour du projet du Crique-à-David ont révélé des enjeux, notamment avec l’industrie forestière, mais les détails restent confidentiels à ce stade.
L’industrie forestière représente un défi majeur pour le projet du Crique-à-David, car elle souhaite procéder à des coupes dans ce secteur. Thibaut Quinchon, président de l’organisme porteur du projet, espère que les difficultés financières de la scierie de Saint-Michel-des-Saints, notamment en raison des tarifs américains sur le bois, réduiront temporairement cette menace. Cependant, il craint davantage à court terme le développement de projets d’éoliennes, qui se multiplient au Québec. Le maire de Saint-Damien, Pierre Charbonneau, soutient le projet mais souligne l’absence de réponses claires du gouvernement sur des questions comme les droits de coupe déjà octroyés à l’industrie forestière sur le territoire visé.
En avril 2026, Pascale Déry, ministre de l’Environnement du Québec, a exprimé des doutes sur la faisabilité de l’objectif de protéger 30 % du territoire québécois d’ici 2030. Actuellement, seulement 18 % du territoire est protégé, un chiffre en hausse de 1 % depuis 2020. La ministre juge la cible de 30 % trop ambitieuse dans un délai aussi court. Pourtant, cet objectif s’inscrit dans le cadre de l’*accord de Kunming-Montréal*, signé en 2022, qui vise à préserver 30 % des terres et des océans à l’échelle mondiale. Les acteurs locaux, comme Pierre Charbonneau, attendent toujours des réponses du gouvernement sur l’avenir des projets d’aires protégées, dont celui du Crique-à-David.

