Haïti : les armes illicites alimentent la spirale meurtrière des gangs
Malgré l’embargo de l’ONU sur les armes à destination d’Haïti, les trafics continuent d’alimenter l’arsenal des gangs et de renforcer leur puissance de feu. Pour le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), l’attaque meurtrière menée à Kenscoff en est une nouvelle illustration : des groupes lourdement armés s’en prennent aux populations civiles et déplacées, tandis que les autorités peinent à contenir une violence qui ne cesse de s’étendre..
En Haïti, les gangs armés renforcent leur pouvoir grâce à des flux illicites d’armes à feu et de munitions en provenance de l’étranger. Malgré l’embargo imposé par l’ONU depuis 2022, ces trafics persistent et alimentent la violence dans le pays. Selon un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) publié en mars 2025, entre 270 000 et 500 000 armes circulent illégalement en Haïti, principalement détenues par des groupes armés. Ces armes, souvent sophistiquées et fabriquées hors du pays, aggravent un cycle de violence déjà destructeur. Le HCDH souligne que leur arrivée continue, malgré les restrictions, montre les failles dans l’application des réglementations nationales et internationales.
Le 23 août 2026, une attaque menée par des gangs armés dans la commune de Kenscoff, située en banlieue de Port-au-Prince, a causé la mort d’au moins 47 personnes, dont trois garçons et deux filles. Vingt-deux autres personnes ont été blessées, et plus de 52 ont été enlevées. Les assaillants, estimés à 150 membres lourdement armés, ont ouvert le feu sur des habitants fuyant les lieux, tuant au moins 13 d’entre eux. Ils ont ensuite attaqué une église où s’étaient réfugiés des habitants, exécutant 22 personnes dans la cour et 12 autres derrière le bâtiment. Un enregistrement audio diffusé par le gang a menacé d’exécuter davantage de personnes si les opérations de sécurité se poursuivaient.
Entre le 1er avril et le 30 juin 2026, le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) a recensé 1 408 morts et 656 blessés dans des violences liées aux gangs. Pendant cette même période, 326 personnes ont été victimes de violences sexuelles, un chiffre que l’ONU considère comme probablement sous-estimé. Ces exactions s’inscrivent dans un contexte de graves violations des droits humains et de déplacements massifs de population à travers le pays. Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé à la tenue d’enquêtes indépendantes et impartiales pour documenter ces violations et garantir la justice pour les victimes.
Face à l’escalade de la violence, le HCDH a appelé tous les acteurs concernés à appliquer strictement les réglementations en matière de contrôle des armes et à faire respecter l’embargo de l’ONU contre Haïti. Marta Hurtado, porte-parole du HCDH, a souligné lors d’un point de presse à Genève la nécessité d’accélérer le déploiement de la *Force de répression des gangs* (*GSF*), une unité spécialisée dans la lutte contre les groupes armés. Cette force doit agir dans le respect du droit international des droits de l’homme et des normes internationales pour éviter de nouvelles exactions contre les populations civiles.

