Vous avez peut-être encore une dent de lait : 3 à 10 % des adultes n’ont pas toutes leurs dents définitives, et la douleur peut devenir atroce
Il est possible que la petite souris vous doive encore de l'argent si l'une de vos dents de lait n'est jamais tombée. Vu la douleur que le phénomène peut provoquer, n'hésitez pas à lui demander une petite allonge..
Entre 3 % et 10 % des adultes conservent une ou plusieurs dents de lait, un phénomène appelé agénésie dentaire. Ce terme désigne l'absence congénitale d'une ou plusieurs dents définitives, qui ne se forment pas pendant la grossesse. Contrairement aux idées reçues, cette situation n'est pas rare. Elle touche principalement les incisives latérales supérieures et les deuxièmes prémolaires du bas. Les dents de lait, elles, sont bien présentes car elles proviennent d'un processus de développement distinct, non affecté par la mutation génétique responsable de l'agénésie. Ces dents temporaires, conçues pour tomber vers 6-12 ans, restent donc en place bien au-delà de leur durée de vie normale, souvent jusqu'à 30 ou 40 ans.
L'agénésie dentaire trouve son origine très tôt, dès les premières semaines de la grossesse, lorsque l'embryon mesure quelques millimètres. À ce stade, les dents ne sont que des bourgeons de cellules dans la gencive en formation. Leur développement dépend d'une protéine nommée BMP4, dont la production est contrôlée par deux gènes : MSX1 et PAX9. Ces gènes agissent en synergie pour stimuler la division cellulaire et permettre la croissance de la dent. Si l'un de ces gènes mute, la production de BMP4 est perturbée, stoppant la division cellulaire. Le bourgeon dentaire se résorbe alors avant même de pouvoir se développer, laissant la place à une dent de lait qui, elle, n'est pas affectée par cette mutation.
Une dent de lait n'est pas conçue pour durer toute une vie. Son émail est plus fin et ses racines, plus courtes et fragiles, se résorbent progressivement avec le temps. Vers 30 ou 40 ans, ces racines deviennent trop réduites pour maintenir la dent en place. Le ligament qui l'ancre à l'os se distend, la dent gagne en mobilité et finit par se détacher. Contrairement à la perte d'une dent de lait dans l'enfance, ce processus est souvent douloureux à l'âge adulte. La résorption irrégulière de la racine expose parfois le nerf, provoquant des élancements aigus lors de la mastication, au contact du chaud ou du froid, ou même sous une simple pression. Une inflammation des tissus voisins peut aggraver la douleur, et une infection peut entraîner la formation d'un abcès.
La perte d'une dent de lait à l'âge adulte laisse un espace vide dans la mâchoire. Les dents adjacentes peuvent alors se déplacer, déséquilibrant l'occlusion dentaire et causant des problèmes de mastication ou d'esthétique. Pour éviter ces complications, une visite chez le dentiste est indispensable. Celui-ci confirmera la présence de la dent de lait par une radiographie panoramique. Si la dent est trop mobile, son extraction sous anesthésie locale (comme l'articaïne ou la lidocaïne) est nécessaire. Elle sera généralement suivie d'une solution pour combler l'espace, comme un bridge ou un implant. Ces traitements ne sont pas pris en charge par la Sécurité sociale en France, ce qui implique un coût à la charge du patient.

