Le prix de la dette 4/5 : Sénégal : pourquoi le FMI exige que le pays restructure sa dette
Deux ans après la découverte d’une dette cachée, le Sénégal a obtenu un accord de principe avec le FMI : 2,2 milliards de dollars, à condition de renégocier sa dette extérieure. Un plan qui dépend désormais de ses créanciers..
En 2024, le Sénégal a découvert que sa dette publique était bien plus élevée que ce qui était officiellement annoncé. Le gouvernement de l'époque avait dissimulé des emprunts, faisant passer la dette de 74 % à plus de 130 % du produit intérieur brut (PIB), selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI). Cette révélation a provoqué une crise de confiance : le FMI a gelé un programme d'aide financière, les agences de notation ont dégradé la note du pays, et les marchés internationaux ont presque totalement fermé leurs portes au Sénégal. Pour se financer, le pays a dû se tourner vers le marché régional ouest-africain, où les taux d'intérêt atteignent plus de 7 %, soit plus du double de ceux de sa dette extérieure classique.
En septembre 2026, le Sénégal a obtenu un accord de principe avec le FMI pour un prêt de 2,2 milliards de dollars sur trois ans. Cet accord est conditionnel à une restructuration de la dette extérieure du pays, c'est-à-dire à une renégociation des termes de remboursement avec ses créanciers. Le premier versement ne représentera qu'une partie de ce montant total, et l'approbation finale du FMI est attendue lors d'une réunion de son conseil d'administration. Cet accord vise à rétablir la confiance des investisseurs et à permettre au Sénégal d'accéder à d'autres financements, comme ceux de la Banque mondiale ou de la Banque africaine de développement (BAD).
La dette extérieure du Sénégal s'élève à environ 28 milliards d'euros. Elle se répartit en trois grandes catégories : près de la moitié est due à des institutions internationales comme la Banque mondiale, la BAD ou le FMI lui-même. Environ un quart est contracté auprès d'États étrangers, principalement la Chine (8 %), suivie de la France (5 %). Enfin, près d'un tiers provient de créanciers privés, dont 5 milliards de dollars sous forme d'eurobonds (obligations émises sur les marchés financiers). Une partie de la dette, libellée en francs CFA, est due à des banques ouest-africaines, mais elle n'est pas incluse dans les discussions de restructuration pour éviter de fragiliser la stabilité régionale.
La restructuration de la dette consiste à modifier les conditions de remboursement pour les rendre plus supportables. Cela peut inclure l'allongement des délais, la réduction des taux d'intérêt ou l'effacement d'une partie de la dette. Cependant, ce sont les créanciers qui décident des termes acceptables. Le 6 octobre 2026, plus de 400 créanciers (États, banques, détenteurs d'obligations) ont été réunis pour la première fois afin d'examiner la proposition du Sénégal. Un principe clé guide ces négociations : la comparabilité de traitement, qui signifie qu'aucun créancier ne doit faire moins d'efforts que les autres. Les réponses des créanciers sont attendues avant la fin octobre 2026.
En échange de l'accord avec le FMI, le Sénégal s'est engagé à plusieurs réformes pour améliorer sa gestion financière et éviter de nouvelles dettes cachées. Le pays a déjà centralisé la gestion de sa dette dans un seul service pour plus de transparence. D'autres mesures incluent la réduction progressive des subventions à l'énergie, réservées désormais aux ménages les plus vulnérables, ainsi que l'augmentation des recettes fiscales. Le gouvernement prévoit d'élargir l'assiette fiscale en ciblant le secteur informel, le numérique, les mines et le pétrole, tout en réduisant certaines exonérations. Ces efforts visent à ramener le déficit public de 13 % du PIB en 2024 à 7,6 % en 2026, avec un objectif régional de 3 %.
Le processus est encore en cours. Les créanciers doivent communiquer leurs décisions avant fin octobre 2026. Si leurs réponses sont favorables, le conseil d'administration du FMI devrait approuver l'accord en novembre 2026. Des accords de principe pourraient être signés en décembre 2026, avec une mise en œuvre effective début 2027. Ce calendrier dépendra des négociations en cours et de la capacité du Sénégal à respecter ses engagements. L'objectif final reste de stabiliser la situation financière du pays et de retrouver la confiance des marchés et des investisseurs.

