Le réchauffement climatique déloge certaines plantes des sommets
On savait déjà que le réchauffement climatique pousse certains végétaux à migrer vers les hauteurs. Mais les plantes qui vivent déjà dans les zones les plus élevées risquent de disparaître, suggère une nouvelle étude parue dans “Science”..
Une étude publiée dans la revue Science en septembre 2026 révèle que certaines plantes des sommets montagneux, déjà adaptées aux conditions extrêmes de haute altitude, risquent de disparaître à cause du réchauffement climatique. Ces espèces, qui vivent près de la limite supérieure des arbres, ne peuvent plus migrer vers des altitudes plus élevées car elles occupent déjà les zones les plus hautes. Leur déclin est qualifié de localisé, mais il pourrait s’étendre si les températures continuent d’augmenter. Les chercheurs soulignent que cette perte d’espèces caractéristiques pourrait passer inaperçue au premier abord, car d’autres plantes, venues de plus bas, prennent leur place. Les observations menées sur 21 ans en Europe confirment cette tendance, montrant que ces extinctions sont souvent précédées par une diminution du nombre d’individus avant leur disparition totale.
Le réchauffement climatique pousse de nombreuses plantes à migrer vers des altitudes plus élevées, un phénomène déjà documenté. En effet, avec l’augmentation des températures, les conditions climatiques des basses altitudes deviennent moins adaptées à certaines espèces, qui remontent vers des zones plus fraîches. Cependant, cette migration n’est pas sans conséquences pour les plantes déjà installées en haut des montagnes. Bianca Lopez, responsable éditoriale de Science, explique que ces espèces, dites montagnardes, se retrouvent en compétition avec les nouvelles venues pour l’espace et les ressources. Les plantes adaptées aux sommets, souvent spécialisées et fragiles, peuvent alors être évincées ou disparaître, car elles ne peuvent pas s’adapter aussi rapidement aux changements. Ce phénomène illustre un paradoxe : l’adaptation des plantes au climat peut, dans certains cas, accélérer leur déclin.
Les chercheurs ont identifié une diminution quantitative des populations de plantes en haute altitude comme un signal d’alerte avant leur extinction. Cette baisse progressive du nombre d’individus est un indicateur clé pour anticiper la disparition d’espèces, avant même que celle-ci ne soit visible. L’étude, menée sur plusieurs décennies, montre que cette tendance est observable dans toute l’Europe, notamment dans les Alpes bernoises en Suisse, où des prairies colorées de fleurs roses, jaunes ou violettes pourraient perdre leurs espèces emblématiques. Les auteurs de l’étude précisent que ces pertes, bien que localisées, pourraient s’étendre si les conditions climatiques continuent de se dégrader. Cette découverte souligne l’importance de surveiller les écosystèmes de haute montagne, souvent considérés comme des zones refuges pour la biodiversité.
Contrairement à une idée reçue, une richesse croissante des variétés de plantes en haute altitude ne signifie pas nécessairement une meilleure santé des écosystèmes. L’étude publiée dans Science révèle que cette diversité apparente peut masquer un appauvrissement des espèces caractéristiques des sommets. Les nouvelles plantes arrivées par migration remplacent progressivement les espèces locales, qui disparaissent sans toujours être remplacées par des équivalents fonctionnels. Les chercheurs parlent d’un assemblage végétal en mutation, où la composition des communautés de plantes change radicalement. Ce phénomène, qualifié d’accéléré mais négligé, pourrait avoir des conséquences imprévisibles sur les écosystèmes de montagne, notamment sur les sols et la faune qui en dépendent.
Les écosystèmes situés au-dessus de la *limite des arbres* sont particulièrement vulnérables au réchauffement climatique. Cette limite, qui marque la frontière entre les zones boisées et les espaces ouverts en haute montagne, est un repère écologique important. Les plantes qui y vivent sont souvent adaptées à des conditions extrêmes : froid, vent, ensoleillement intense et sols pauvres. Avec l’augmentation des températures, ces conditions deviennent moins stables, et les espèces spécialisées peinent à survivre. L’étude souligne que les pertes d’espèces dans ces zones pourraient avoir des répercussions en cascade, affectant par exemple les pollinisateurs ou les herbivores qui s’en nourrissent. Ces écosystèmes, déjà fragiles, sont donc parmi les premiers à subir les effets du changement climatique.

