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Environnement

Plus de canicules : les compagnies pétrolières sont responsables pour moitié, selon la science

Reporterre · mis à jour 6 oct.

Les principales entreprises d'industries fossiles sont responsables de la moitié de l'intensification des vagues de chaleur, et de milliers de milliards de dollars de pertes liées aux catastrophes climatiques, estime un rapport. Plus la science climatique avance, plus elle permet de nommer précisément les responsables de l'atrocité climatique en cours et des catastrophes humaines qu'elle occasionne.

Étude sur les canicules

Une étude scientifique récente révèle que les compagnies pétrolières, gazières et charbonnières sont responsables de près de la moitié des vagues de chaleur extrême enregistrées depuis 1980. Cette recherche, publiée dans la revue Environmental Research Letters, montre que ces entreprises ont contribué à environ 50 % des canicules observées dans le monde. Les scientifiques ont utilisé des modèles climatiques pour quantifier l’impact des émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à l’exploitation des énergies fossiles. Le gaz à effet de serre désigne des gaz comme le CO₂ ou le méthane qui piègent la chaleur dans l’atmosphère, provoquant une augmentation des températures mondiales. Les chercheurs ont attribué une part spécifique de responsabilité à chaque grande compagnie en fonction de leurs émissions historiques et actuelles.

Responsabilité des géants

Parmi les entreprises les plus pointées du doigt figurent des géants comme ExxonMobil, Shell, Chevron, BP et TotalEnergies. Ces compagnies, leaders dans l’extraction et la vente d’énergies fossiles, sont accusées d’avoir maintenu des activités génératrices d’émissions massives de CO₂ tout en connaissant les risques climatiques depuis des décennies. L’étude estime que les 88 plus grandes compagnies pétrolières et gazières ont émis à elles seules environ 30 % de toutes les émissions mondiales de CO₂ depuis 1980. Le CO₂, ou dioxyde de carbone, est le principal gaz à effet de serre produit par la combustion des énergies fossiles. Les chercheurs soulignent que ces entreprises ont non seulement contribué aux canicules, mais aussi à d’autres phénomènes climatiques extrêmes comme les sécheresses ou les inondations.

Méthodologie scientifique

Pour parvenir à ces conclusions, les scientifiques ont combiné deux approches. D’une part, ils ont analysé les données historiques des émissions de CO₂ et de méthane produites par chaque compagnie. D’autre part, ils ont utilisé des modèles climatiques pour simuler l’impact de ces émissions sur les températures mondiales. Les résultats montrent que sans les émissions des compagnies fossiles, la fréquence et l’intensité des canicules auraient été bien moindres. Par exemple, en Europe, les vagues de chaleur de 2003, 2010 et 2022 auraient été moins sévères ou moins fréquentes. Les modèles climatiques sont des outils informatiques qui reproduisent le fonctionnement de l’atmosphère et des océans pour prédire les changements climatiques.

Conséquences concrètes

Les canicules ont des impacts directs sur la santé humaine, l’agriculture et les écosystèmes. En Europe, la canicule de 2003 a causé la mort de plus de 70 000 personnes, principalement des personnes âgées. Les vagues de chaleur répétées depuis les années 1980 ont aussi réduit les rendements agricoles de plusieurs pourcents dans certaines régions, aggravant les risques de pénuries alimentaires. Les écosystèmes, comme les forêts ou les récifs coralliens, subissent également des dommages irréversibles. L’étude souligne que ces conséquences pourraient s’aggraver si les émissions de GES continuent d’augmenter, ce qui rendrait les canicules encore plus fréquentes et intenses.

Ce que ça pourrait changer

Les auteurs de l’étude appellent à une prise de conscience accrue des responsabilités des compagnies pétrolières. Ils estiment que ces entreprises devraient être tenues de financer des mesures d’adaptation et de compensation pour les populations et les régions les plus touchées par les canicules. Certains juristes et militants climatiques plaident pour des poursuites judiciaires contre ces sociétés, sur le modèle des actions en justice menées contre l’industrie du tabac. Aux États-Unis, des États comme la Californie ou New York ont déjà engagé des procédures contre des compagnies comme ExxonMobil pour avoir minimisé les risques climatiques. En Europe, des initiatives similaires émergent, bien que les cadres juridiques restent moins développés.

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