Une femme sur quatre atteinte de cancer du sein pourrait l’éviter grâce à six changements de comportement
Une étude mondiale révèle que 28% des années de vie perdues à cause du cancer du sein sont dues à six comportements modifiables, dont la consommation de viande rouge et le tabagisme. Ces résultats soulignent l'importance des choix de vie dans la prévention de cette maladie.
En 2023, 2,3 millions de cas de cancer du sein ont été diagnostiqués dans le monde, ce qui en fait le cancer le plus fréquent chez les femmes. Une étude publiée dans The Lancet Oncology révèle que 28 % des années de vie perdues à cause de cette maladie pourraient être évitées en modifiant six comportements quotidiens. Ces résultats soulignent l’impact majeur des choix de vie sur la prévention du cancer du sein, bien au-delà des facteurs génétiques ou héréditaires. Les chercheurs ont analysé les données de 204 pays entre 1990 et 2023, en utilisant une mesure appelée années de vie ajustées sur l’incapacité (DALY en anglais). Cette unité combine les années perdues à cause d’un décès prématuré et celles vécues avec une incapacité liée à la maladie, offrant une vision globale de l’impact sanitaire.
L’étude identifie six facteurs de risque modifiables responsables de 28 % du fardeau sanitaire mondial du cancer du sein. Le premier est la consommation excessive de viande rouge, qui représente à elle seule 11 % du total, soit environ 2,7 millions d’années de vie en bonne santé perdues en 2023. Les mécanismes incluent la production de composés cancérigènes lors de la cuisson à haute température et l’exposition à des hormones ou antibiotiques présents dans certaines viandes. Le tabagisme arrive en deuxième position avec 10 %, suivi de près par une glycémie élevée (9 %), l’obésité (7 %), la consommation d’alcool (5 %) et l’inactivité physique (4 %). Ces facteurs agissent souvent ensemble, créant un environnement favorable au développement de cellules cancéreuses. Par exemple, l’obésité et une glycémie élevée perturbent l’équilibre hormonal, augmentant le risque de cancer.
L’impact des six facteurs de risque varie fortement selon les régions du monde. Dans les pays à revenu élevé d’Amérique du Nord et d’Europe occidentale, 32 % des années de vie perdues à cause du cancer du sein sont attribuables à ces comportements, contre seulement 24 % en Asie du Sud. Cette différence s’explique notamment par des modes de vie distincts, comme une consommation plus élevée de viande rouge et des taux d’obésité plus importants dans les pays occidentaux. À l’inverse, l’Afrique subsaharienne enregistre un taux de mortalité de 28 décès pour 100 000 femmes, soit plus du double de la moyenne mondiale (13 pour 100 000), en partie à cause d’un accès limité au dépistage précoce et à des systèmes de santé moins performants.
Entre 1990 et 2023, le taux d’incidence du cancer du sein chez les femmes de moins de 30 ans a augmenté de 0,5 % par an, une tendance inquiétante car cette tranche d’âge était traditionnellement moins touchée. Les chercheurs l’attribuent à l’adoption précoce de modes de vie à risque, comme une alimentation riche en viande transformée et une sédentarité accrue liée aux écrans. Les projections indiquent que le nombre de cas annuels passera de 2,3 millions en 2023 à 3,5 millions en 2050, soit une hausse de 52 %. Les décès devraient également augmenter de 44 % sur la même période, passant de 670 000 à 966 000 par an, en l’absence de mesures préventives renforcées.
Réduire l’exposition aux six facteurs de risque pourrait permettre de gagner 1,9 million d’années de vie en bonne santé chaque année dans le monde. Pour y parvenir, les chercheurs recommandent des interventions ciblant plusieurs comportements simultanément. Limiter la consommation de viande rouge à une ou deux portions hebdomadaires, maintenir un poids corporel normal, pratiquer au moins 150 minutes d’activité physique modérée par semaine, éviter le tabac et réduire la consommation d’alcool constituent un socle préventif efficace. Ces recommandations s’appuient sur des méta-analyses de dizaines d’études menées sur plusieurs décennies. Les politiques publiques, comme les taxes sur les viandes transformées ou l’aménagement urbain favorisant l’activité physique, peuvent aussi jouer un rôle clé dans cette prévention.
Le dépistage précoce reste un pilier essentiel de la lutte contre le cancer du sein, particulièrement dans les pays à faibles ressources où l’accès à la mammographie est limité. Les projections montrent que l’Asie de l’Est et l’Afrique subsaharienne concentreront l’essentiel de la hausse des cas d’ici 2050. Dans ces régions, combiner prévention primaire (modification des comportements) et amélioration du diagnostic précoce pourrait inverser la trajectoire actuelle de la mortalité. Par exemple, l’Europe occidentale affiche un taux de mortalité de seulement 11 décès pour 100 000 femmes, malgré une incidence plus élevée de la maladie, grâce à des programmes de dépistage efficaces et à un accès aux soins de qualité.

