La politique migratoire européenne de Meloni se retourne contre elle
Au moins six pays européens s’apprêtent à renvoyer des demandeurs d’asile vers l’Italie. L’article La politique migratoire européenne de Meloni se retourne contre elle est apparu en premier sur Le Grand Continent..
Depuis juin 2026, au moins six pays européens, dont cinq membres de l’Union européenne (Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Finlande et Suède) ainsi que la Suisse, ont commencé ou annoncé le renvoi de demandeurs d’asile vers l’Italie. Ces transferts s’inscrivent dans le cadre du mécanisme de Dublin, un système européen qui détermine quel pays de l’UE est responsable d’examiner une demande d’asile. Concrètement, si un migrant arrive en Italie mais dépose sa demande dans un autre pays européen, ce dernier peut exiger que l’Italie le reprenne. L’Espagne, bien que visée par l’Italie après la crise de Ceuta en 2026, a choisi de ne pas appliquer ces transferts. Ces renvois illustrent un changement majeur : l’Italie, qui bloquait auparavant la majorité de ces demandes, est désormais contrainte de les accepter en vertu du nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile, entré en vigueur le 12 juin 2026.
Avant l’adoption du nouveau Pacte européen, le gouvernement italien dirigé par Giorgia Meloni avait systématiquement rejeté les demandes de renvoi de migrants vers l’Italie. Entre 2023 et 2025, sur 24 152 demandes formulées par d’autres pays européens, seulement 85 avaient été acceptées par Rome. Selon la Commission européenne, environ 110 000 demandes auraient ainsi été refusées sur cette période. Cette politique s’inscrivait dans la ligne dure promise par Meloni lors de son élection en 2022, axée sur le contrôle strict de l’immigration clandestine. Cependant, cette position isolait l’Italie sur la scène européenne et limitait sa capacité à négocier des accords migratoires avec ses partenaires.
Le 12 juin 2026, un nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile est entré en vigueur, marquant un tournant dans la gestion des flux migratoires en Europe. Ce texte impose à l’Italie d’accepter les renvois de migrants vers son territoire, selon les règles du mécanisme de Dublin. Selon les estimations, ce chiffre pourrait atteindre 10 000 personnes. Cependant, la France et l’Allemagne avaient déjà conclu un accord avec l’Italie en décembre 2025, renonçant à réclamer le transfert de 14 000 migrants arrivés dans leur pays avant le 12 juin. La durée pendant laquelle l’Italie reste responsable d’une demande a également été allongée à 20 mois, contre 12 auparavant, ce qui influence le nombre final de transferts.
La reprise des transferts de migrants vers l’Italie représente un risque politique majeur pour Giorgia Meloni, dont la popularité repose en partie sur une politique migratoire restrictive. Son gouvernement avait été élu en 2022 sur la promesse de réduire l’immigration clandestine, notamment après la crise de Ceuta, où près de 80 000 personnes étaient entrées dans l’exclave espagnole de Ceuta, située sur le territoire marocain. Meloni avait alors rétabli les contrôles à la frontière franco-italienne, une décision critiquée comme disproportionnée. Aujourd’hui, l’opposition, incluant le Parti démocrate et le Mouvement 5 étoiles, dénonce un effet boomerang : les pays européens répondent à la politique italienne en renvoyant des migrants vers l’Italie, mettant en lumière l’échec apparent de sa stratégie.
Malgré sa politique migratoire restrictive envers les demandeurs d’asile, le gouvernement Meloni a augmenté les quotas de travailleurs étrangers non-européens autorisés à venir en Italie. En 2026, un décret a fixé à 500 000 le nombre de travailleurs étrangers pouvant entrer en Italie entre 2026 et 2028, soit cinq fois plus que les 165 000 entrées annuelles en 2019. Ces travailleurs sont principalement recrutés dans des secteurs en tension comme l’agriculture et le tourisme. Cette mesure vise à répondre aux besoins du marché du travail italien, tout en maintenant une ligne dure sur l’immigration irrégulière. Cependant, cette politique est critiquée par l’extrême droite, qui réclame une approche encore plus radicale.
La politique migratoire de Meloni est attaquée aussi bien par la gauche que par l’extrême droite. Roberto Vannacci, président du parti d’extrême droite *Futuro Nazionale* (FN), mène campagne sur une ligne encore plus radicale, prônant la *remigration*, c’est-à-dire le retour forcé des migrants dans leurs pays d’origine. Cette position reflète une montée des tensions politiques en Italie, où les partis traditionnels peinent à proposer une alternative cohérente. Le bilan de Meloni en matière migratoire est ainsi contesté de toutes parts, illustrant les difficultés à concilier contrôle des frontières et besoins économiques du pays.

