On sait maintenant recycler jusqu’à 85% d’une pâle d’éolienne et ça change l’avenir de la filière
Broyées en fines aiguilles puis incorporées au béton, les pales d'éoliennes en fin de vie amélioreraient sa résistance à la flexion. Le gain atteindrait près de 19 % par rapport à un béton ordinaire.
Une équipe de chercheurs de la Northeast Forestry University à Harbin, en Chine, a mis au point une méthode permettant de recycler jusqu’à 85 % d’une pale d’éolienne en fin de vie. Ces pales, fabriquées en fibre de verre et en résine, sont difficiles à recycler avec les méthodes classiques en raison de leur résistance. La solution proposée consiste à les broyer en fines aiguilles, puis à les incorporer au béton comme renfort. Cette innovation pourrait transformer la filière éolienne, car jusqu’à présent, seule une infime partie des pales était recyclée. Selon la fédération européenne WindEurope, 85 à 90 % de la masse totale d’une éolienne se recycle déjà, à l’exception des pales, qui posent un défi majeur en termes de gestion des déchets.
Les aiguilles de fibre de verre obtenues après broyage des pales sont ajoutées au béton à des taux de 1 %, 1,5 % et 2 % du volume total. Les tests réalisés sur des éprouvettes cylindriques et prismatiques après 28 jours de cure (période de durcissement contrôlé) montrent une amélioration significative des propriétés du béton. La résistance à la flexion (capacité à plier sans casser) augmente de 5,37 % à 18,5 %, tandis que la résistance à la compression (capacité à résister à l’écrasement) progresse de 6,04 % à 18,12 %. Le gain maximal enregistré atteint 19,25 mégapascals. Cependant, une teneur trop élevée en fibres peut réduire la résistance à la compression, car ces fibres créent des vides dans le matériau.
Les chercheurs ont poussé l’expérience en remplaçant une partie des granulats naturels (sable et graviers) du béton par des gravats de démolition (déchets de construction). Le taux de substitution atteint 20 %, puis 40 %. Cette approche permet de recycler deux types de déchets dans un même matériau : les pales d’éoliennes et les gravats. Les résultats de ces tests restent cependant limités au laboratoire et ne sont pas encore validés pour une utilisation sur des chantiers réels. Aucune norme de construction en France n’autorise actuellement l’utilisation de ce type de béton renforcé.
La filière éolienne fait face à un problème croissant de gestion des déchets. Selon WindEurope, 25 000 tonnes de pales d’éoliennes étaient démontées chaque année en 2025, et ce volume devrait doubler d’ici 2030. Actuellement, ces pales s’accumulent dans des terrains de stockage faute de solutions industrielles à grande échelle. La fédération européenne réclame depuis 2021 une interdiction européenne de la mise en décharge des pales, mais aucune solution ne traite encore les volumes annoncés. D’autres pistes, comme la fabrication de ciment à partir de la silice des pales ou leur incinération dans des fours à la place du charbon, sont à l’étude, mais aucune n’est encore opérationnelle.
Bien que prometteuses, ces innovations restent au stade expérimental. Les tests en laboratoire montrent des gains mesurables, mais aucune étude ne quantifie les réductions d’émissions de CO2 liées à cette méthode. De plus, aucune norme de construction ne permet encore d’utiliser ce béton renforcé en France. Les chercheurs soulignent que le dosage en fibres est crucial : trop peu, et les gains sont limités ; trop, et le matériau perd en résistance. La filière éolienne doit donc trouver des solutions rapides pour éviter l’accumulation de pales en fin de vie, sous peine de freiner le développement de cette énergie renouvelable.

