NapseflowNapseflow
Droit

L'ère de l'auto-juridication, époque 2.

Village Justice · mis à jour il y a 21 h

Dans le même temps que la société se judiciarise, le Droit s'ouvre à de nouveaux acteurs, au-delà des professions règlementées. Dans d'autres domaines, chaque citoyen se renseigne désormais directement sur internet, pour ses placements ou sa santé.

Définition auto-juridication

L’auto-juridication est un phénomène décrit dès 2012 par Nicolas Molfessis, professeur à l’université Panthéon-Assas, comme le fait de traiter des questions juridiques sans recourir à un professionnel du droit. Ce terme s’inspire de l’auto-médication en santé : il reflète une tendance où les citoyens prennent en main leur destin juridique, notamment grâce à l’accès facilité à l’information en ligne et à l’intelligence artificielle (IA). Contrairement à la judiciarisation (multiplication des recours aux tribunaux) ou à la juridicisation (extension du droit à de nouveaux domaines), l’auto-juridication désigne une démarche proactive de recherche et d’application du droit par les individus eux-mêmes, parfois avec l’aide de services en ligne ou d’outils technologiques.

Rôle des Legaltechs

Les Legaltechs (start-up spécialisées dans les services juridiques) jouent un rôle central dans l’essor de l’auto-juridication. Elles concurrencent les professions traditionnelles du droit (avocats, notaires) en proposant des solutions moins coûteuses, plus rapides et accessibles en ligne. Certains acteurs se présentent comme des héros aidant les citoyens à s’émanciper, tandis que d’autres sont perçus comme des chevaliers noirs mettant en danger leurs clients en raison d’un manque de rigueur. Leur émergence reflète un nouveau marché privé du droit, où l’innovation technologique (IA, plateformes automatisées) redéfinit les rapports entre les usagers et les professionnels. En 2015, la Loi pour une République Numérique a tenté d’intégrer une forme de participation citoyenne à l’écriture des lois, mais sans succès majeur.

Citoyen acteur du droit

Le citoyen contemporain, connecté et informé, devient un acteur de son destin juridique. Il n’accepte plus de subir des situations injustes sans réagir, s’appuyant sur des droits qu’il estime connaître (même à tort). Grâce à internet, il peut obtenir des informations juridiques qualifiées, voire des services en ligne, sans avoir à consulter un avocat ou un notaire. Cette autonomie s’étend même aux procédures : certains arrivent en cabinet avec un niveau d’information avancé, parfois erroné, mais toujours plus élevé qu’avant l’ère de l’IA. Cette tendance est renforcée par des mécanismes comme la justice de proximité, qui vise à rendre le droit plus accessible, rapide et moins coûteux, notamment pour les litiges de faible montant.

Capital confiance clé

Pour les acteurs traditionnels (avocats, notaires) et les nouveaux entrants (Legaltechs, plateformes juridiques), la survie dépendra de leur capacité à gagner la confiance des consommateurs de droit. Ces derniers cherchent à reprendre le pouvoir en maîtrisant mieux leurs droits et en prenant des décisions éclairées. Aucun citoyen ne peut cependant pratiquer le droit en totale autonomie, sans juriste : ce dernier deviendra un accompagnateur juridique et stratégique, chargé de corriger les analyses simplistes des IA et de guider les usagers dans les procédures complexes. Certaines pratiques restent réservées aux professions réglementées, mais l’IA ouvre des opportunités pour d’autres acteurs, non juristes.

Comparaison santé-droit

L’auto-juridication présente des similitudes avec l’auto-médication dans le domaine de la santé : les citoyens cherchent à se soigner ou à se défendre par eux-mêmes, réduisant ainsi les coûts et accélérant les démarches. Cependant, une différence majeure distingue ces deux mouvements : l’économie du droit est en grande partie privée (hors aide juridictionnelle), ce qui explique pourquoi les initiatives des citoyens et des entreprises (Legaltechs) se multiplient. Rien ne semble pouvoir arrêter cette tendance, qui attire autant les opportunités que les risques. Les avocats innovants et les Legaltechs répondent à cette demande en proposant des services adaptés, tout en tentant de se différencier par leur capital confiance.

Ce que ça pourrait changer

Trois termes proches mais distincts sont souvent confondus. La *juridicisation* désigne l’extension du droit à de nouveaux domaines de la vie sociale et économique, comme les relations professionnelles ou familiales. Elle entraîne souvent une *judiciarisation*, c’est-à-dire une multiplication des recours aux tribunaux pour régler des conflits. Par exemple, les *actions collectives* (recours en justice menés par un groupe de personnes) illustrent cette tendance. L’*auto-juridication*, quant à elle, est un néologisme créé par imitation de l’*auto-médication*, désignant la démarche individuelle où le citoyen cherche à résoudre ses problèmes juridiques par lui-même, avec ou sans outils technologiques.

Sujets complémentaires