Le photographe Bruno Massenet, témoin du cinéma québécois
Ses photographies témoignent de toute une époque du cinéma et de la vie cinéphilique montréalaise..
Bruno Massenet était un photographe français né en 1939, devenu une figure majeure de la photographie de cinéma au Québec. Arrivé au Canada avec sa famille en 1952, il s’installe d’abord à Sorel, puis à Montréal. Bien qu’originaire de France, il se décrivait comme un apatride, ayant grandi entre la Norvège et l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Son parcours artistique a été marqué par une grande diversité de collaborations, allant du cinéma à la presse, en passant par des événements internationaux. Contrairement à certains photographes, Massenet n’a jamais cherché à exposer ou publier massivement son travail, préférant rester dans l’ombre tout en documentant des moments clés de la culture québécoise et internationale.
Bruno Massenet a joué un rôle central dans l’histoire du cinéma québécois en tant que photographe de plateau. Entre 1962 et 1966, il travaille pour Radio-Canada, puis devient photographe officiel du Festival international du film de Montréal en 1965. Pendant cette période, il immortalise des légendes du cinéma comme Jean Renoir, Fritz Lang, John Ford, Faye Dunaway ou Agnès Varda. Son objectif était de capturer l’ambiance des tournages et les interactions entre les artistes. Il a notamment photographié des films marquants tels que Mon oncle Antoine (1971), Kamouraska (1973) ou La guerre des tuques (1984), contribuant ainsi à l’image visuelle de ces œuvres.
Au-delà du cinéma, Bruno Massenet a exercé son métier dans des domaines variés. Ses photos ont illustré des reportages pour des magazines comme Châtelaine, Perspectives, Maclean’s et Time Magazine. Il a aussi collaboré avec des agences de presse internationales telles que Black Star et Keystone. Son expertise a été sollicitée pour des projets d’envergure, comme la couverture photographique de la visite du général de Gaulle en 1967 ou celle de la reine Elizabeth II. Il a également travaillé pour des entreprises comme la Société d’énergie de la Baie-James, des firmes d’ingénierie, et même pour des campagnes publicitaires, tout en étant chef photographe pour le Comité organisateur des Jeux olympiques.
Les influences de Bruno Massenet en photographie proviennent notamment de grands noms comme Irving Penn et Richard Avedon, connus pour leur travail sur les portraits et les mises en scène artistiques. Massenet a découvert la photographie grâce à un voisin alors qu’il vivait à Saint-Marc-sur-Richelieu. Il a fréquenté les milieux artistiques montréalais, notamment les cafés de la rue Crescent et de la rue de la Montagne, où il a croisé des personnalités comme Leonard Cohen. Son style se caractérise par une approche documentaire, capturant des instants authentiques, que ce soit sur un plateau de tournage ou lors d’événements officiels.
L’importance historique du travail de Bruno Massenet réside dans sa capacité à documenter des moments clés de la culture québécoise et internationale. Ses archives, conservées à la Cinémathèque québécoise, incluent des milliers de photos, notamment celles prises lors des différentes éditions du Festival international du film de Montréal. Ces images permettent de retracer les liens entre les artistes et de reconstituer l’ambiance de l’époque. En 2025, la Cinémathèque lui a consacré une exposition, soulignant la valeur de son fonds photographique. Pour Marco de Blois, conservateur à la Cinémathèque, ces clichés offrent une fenêtre unique sur l’histoire du cinéma et des rencontres culturelles.
Bruno Massenet était décrit comme un homme discret, peu enclin à se mettre en avant. Sa compagne, Danièle Joubert, a souligné son attachement à ses origines françaises, bien qu’il ait vécu au Québec pendant des décennies. Il conservait un accent français marqué, mais se considérait comme un *apatride*, sans attache nationale fixe. Ses proches le décrivaient comme un ami fidèle et un passionné de son métier. Pierre Dury, un autre photographe, a évoqué son admiration pour Massenet, soulignant qu’il avait travaillé sur des films où lui-même aurait aimé être présent. Son parcours illustre une vie dédiée à l’art, sans recherche de reconnaissance publique.

