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Géopolitique

Comment Moscou utilise la crise migratoire pour déstabiliser l’Europe

Courrier International · mis à jour il y a 15 j

Vous êtes en terminale ou en première spécialité histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP) ? La Lettre de l’éduc est pour vous. Chaque semaine, Benjamin Daubeuf, professeur agrégé d’histoire-géographie, vous conseille la lecture d’un article d’actualité qui résonne avec votre programme.

Stratégie russe

La Russie utilise délibérément les flux migratoires comme outil de déstabilisation contre l’Europe, une tactique qualifiée de guerre hybride. Cette stratégie consiste à exploiter des groupes de migrants pour exercer une pression sur les pays voisins, notamment ceux de l’Union européenne. En 2021, près de 40 000 personnes venues de Syrie, Somalie, Iran, Afghanistan ou Inde ont tenté d’entrer clandestinement en Pologne, souvent munies de visas russes. Ces mouvements de population ne sont pas spontanés : ils sont organisés par Moscou et son allié biélorusse en réponse aux sanctions imposées par Bruxelles contre leurs régimes. L’objectif est de saturer les capacités d’accueil des pays européens, de diviser leurs opinions publiques et de fragiliser leurs institutions, tout en restant sous le seuil d’une riposte militaire directe de l’OTAN.

Migration militarisée

La migration militarisée désigne l’utilisation intentionnelle de flux de migrants par un État pour influencer ou affaiblir un autre État. Dans ce contexte, les migrants deviennent des pions dans une stratégie géopolitique qui les dépasse. Par exemple, la Pologne a enregistré en 2021 des milliers de tentatives d’entrée illégale depuis la Biélorussie, souvent facilitées par des passeports ou visas délivrés par la Russie. Cette tactique vise à tester la résilience des pays européens face à des crises humanitaires instrumentalisées. Les États du flanc oriental de l’OTAN, comme la Pologne ou les pays baltes, qualifient cette approche de menace asymétrique, car elle exploite des vulnérabilités sociales et politiques sans recourir à la force armée.

Réponse européenne

Face à cette stratégie, les pays européens ont renforcé leurs frontières avec des infrastructures physiques et technologiques. La Pologne a construit une clôture d’acier de plus de 190 kilomètres de long et 5 mètres de haut le long de sa frontière avec la Biélorussie. D’autres pays comme la Finlande ou les États baltes ont adopté des mesures similaires. Les géographes appellent cette politique la teichopolitique, c’est-à-dire l’édification de barrières pour contrôler les flux migratoires et sécuriser les frontières. Selon les autorités polonaises, ces mesures ont réduit drastiquement les tentatives de passage, passant de milliers en 2021 à quelques centaines en 2026. Cependant, cette approche soulève des questions sur les droits humains et la cohésion européenne.

Contexte géopolitique

Cette crise s’inscrit dans un contexte de tensions accrues entre la Russie et l’Europe, notamment depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. Les sanctions imposées par l’Union européenne à la Russie et à la Biélorussie ont exacerbé les représailles de Moscou, qui utilise désormais les migrants comme levier de pression. La frontière orientale de l’UE est devenue une ligne de front symbolique, où se jouent des enjeux de souveraineté, de sécurité et de stabilité. Les pays concernés, membres de l’OTAN, doivent concilier fermeté et respect du droit international, tout en gérant les conséquences humanitaires de ces stratégies.

Ce que ça pourrait changer

La *guerre hybride* désigne des actions hostiles menées par un État dans une zone grise entre paix et guerre, évitant ainsi une riposte militaire directe. Ces actions incluent des cyberattaques, des campagnes de désinformation, des pressions économiques ou, comme ici, l’instrumentalisation des migrations. L’objectif est d’affaiblir un adversaire sans déclencher un conflit ouvert. Dans ce cas précis, la Russie exploite les flux migratoires pour déstabiliser l’Europe, tout en restant sous le seuil d’une intervention armée de l’OTAN. Cette approche rend les réponses traditionnelles (diplomatie, sanctions) moins efficaces, car elles peinent à cibler des acteurs non étatiques comme les migrants.

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