En 2008, des militaires américains utilisaient des clés USB pleines de virus
Une clé USB infectée a suffi à contaminer les réseaux du Pentagone en 2008. Un ancien de l’US Air Force révèle que cette faille prospérait déjà sur les bases américaines d’Afghanistan.
En 2008, des pilotes de l’US Air Force achetaient des clés USB dans des boutiques locales de Kaboul, en Afghanistan, pour transporter des données de mission. Ces supports passaient d’ordinateurs non classifiés à des systèmes classifiés, puis à bord des avions. Cette pratique remplaçait l’usage de CD, utilisés auparavant pour transférer les informations de vol. Les clés USB étaient plus pratiques, mais leur origine locale posait un problème de sécurité majeur : elles provenaient de commerçants afghans, loin des fournisseurs officiels de l’armée américaine. Justin Henkel, ancien spécialiste de la sécurité informatique de l’US Air Force, a confirmé avoir lui-même acheté des lots de 100 clés USB sur place. Ce choix logistique, motivé par la simplicité, ignorait les risques liés à l’achat de matériel informel, potentiellement infecté par des logiciels malveillants.
Les ennemis des États-Unis ont exploité cette faille en écoulant des clés USB infectées sur le marché afghan. Ces clés, achetées par les militaires, étaient ensuite branchées sur des ordinateurs reliés aux réseaux du Pentagone. Justin Henkel a tenté d’alerter sa hiérarchie, mais ses avertissements n’ont pas été pris au sérieux, faute de soutien hiérarchique. En 2008, une clé infectée a été branchée sur un ordinateur portable connecté au commandement central américain, chargé des opérations au Moyen-Orient. Cette clé contenait un ver informatique nommé Agent.BTZ, qui collectait des données et communiquait avec des serveurs distants. L’infection a contaminé les réseaux du Pentagone, nécessitant 14 mois de travail pour être éradiquée, dans le cadre de l’opération Buckshot Yankee.
L’infection par Agent.BTZ a eu des conséquences majeures : le Pentagone a dû mobiliser ses équipes pendant 14 mois pour assainir ses systèmes. Un rapport du FBI et du département de la Sécurité intérieure des États-Unis a attribué ce ver informatique à un ou plusieurs groupes russes. L’incident a révélé une vulnérabilité critique dans les pratiques de sécurité de l’armée américaine. Justin Henkel, aujourd’hui responsable de la cybersécurité chez l’éditeur SolarWinds, a décrit un choc face à l’incompétence des supérieurs hiérarchiques, qui ont ignoré ses alertes. Ce témoignage met en lumière les risques liés à l’utilisation de matériel informel dans un contexte militaire sensible.
Dès la découverte de l’infection en 2008, le ministère américain de la Défense a interdit l’usage des clés USB dans ses réseaux. Cette mesure visait à bloquer toute nouvelle contamination via des supports amovibles. Cependant, cette interdiction n’a duré que deux ans : en 2010, l’armée a de nouveau autorisé les clés USB, sous des conditions strictes. Cette décision montre que les contraintes logistiques et opérationnelles ont pris le pas sur les risques de sécurité. L’incident illustre aussi les limites des mesures temporaires face à des pratiques ancrées, comme l’achat de matériel informel sur le terrain.
La faille exploitée par *Agent.BTZ* ne se limite pas au cadre militaire. Elle rappelle que tout réseau coupé d’Internet peut être vulnérable à des attaques via des supports physiques comme les clés USB. Cet épisode souligne l’importance de sécuriser les transferts de données, même dans des environnements où les connexions en ligne sont restreintes. Il met aussi en garde contre les risques liés à l’achat de matériel informel, qui peut être manipulé avant même d’être utilisé. Cette affaire a servi de leçon pour renforcer les protocoles de sécurité dans les organisations, militaires comme civiles.

