Retournement historique : comment Elon Musk, pionnier du solaire
Il y a dix ans, Elon Musk qualifiait les énergies fossiles d'« expérience la plus stupide de l'Histoire ». Aujourd'hui, son empire s’appuie toujours plus sur le gaz naturel..
En mai 2026, Elon Musk, connu pour ses engagements en faveur des énergies renouvelables, a acquis pour 1 milliard de dollars l'entreprise américaine APR Energy. Spécialisée dans les turbines mobiles fonctionnant au gaz naturel et au diesel, cette société propose des générateurs montés sur remorques capables de démarrer en moins de 10 minutes et d'être installés en quelques jours, sans nécessiter de raccordement au réseau électrique. Ces turbines sont utilisées pour alimenter rapidement des infrastructures, comme les deux supercalculateurs de xAI (une entreprise d'intelligence artificielle) situés à Memphis, dans le Tennessee. Ces supercalculateurs, désormais gérés par SpaceX, servent à entraîner des modèles d'IA. Cependant, une partie des turbines utilisées n'a pas les autorisations nécessaires, ce qui a entraîné des poursuites de la part d'associations de protection de l'environnement et de défense des droits civiques, notamment en raison de leur impact sur les populations défavorisées locales.
SpaceX construit actuellement Terafab, une méga-usine de semi-conducteurs au Texas, qui produira sa propre électricité grâce à des centrales à gaz installées sur place. Ce choix est d'autant plus surprenant que Tesla, entreprise historique d'Elon Musk dans le domaine du solaire, est partenaire de ce projet. Cette décision illustre un virage stratégique : SpaceX et ses entreprises associées misent désormais sur les énergies fossiles pour assurer leur autonomie énergétique, malgré les engagements passés en faveur des énergies renouvelables. Les turbines mobiles et les centrales à gaz permettent une production d'électricité rapide et flexible, essentielle pour des infrastructures comme les data centers ou les sites de lancement spatial.
Le 25 août 2026, SpaceX a annoncé la construction de Starbase Louisiane, un port spatial géant de 50 000 hectares situé dans une zone marécageuse du sud de l'État. Ce projet, estimé à 100 milliards de dollars, prévoit la création de 10 pas de tir pour la fusée Starship, répartis en 5 complexes de lancement. Le site sera entièrement autosuffisant, avec une production locale de carburant et d'électricité, ainsi qu'un port en eaux profondes et un aéroport. Sa localisation près de Henry Hub, un important carrefour gazier américain, n'est pas un hasard : cet emplacement permettra d'alimenter les fusées en méthane, le carburant nécessaire à leur propulsion. SpaceX recrute même un trader spécialisé dans le gaz naturel pour gérer cet approvisionnement.
Sur son site historique de Starbase au Texas, SpaceX construit Starpipe, un gazoduc destiné à alimenter directement le site de lancement de Starship en méthane. Cette infrastructure vise à réduire la dépendance aux réseaux électriques externes, souvent trop lents à mobiliser. Ces initiatives s'inscrivent dans une logique d'autonomie énergétique, mais elles reposent sur l'exploitation du gaz naturel, une énergie fossile. Cette stratégie contraste avec les engagements passés d'Elon Musk en faveur des énergies renouvelables, notamment solaires. Les centrales à gaz et les turbines mobiles permettent une production d'électricité immédiate, un avantage crucial pour des projets comme les data centers ou les lancements spatiaux.
L'extraction du gaz naturel, notamment par la technique de la fracturation hydraulique, a un impact environnemental majeur. Chaque puits consomme en moyenne 9 millions de litres d'eau, dont seulement 15 à 35% sont récupérés après extraction. Le reste est soit piégé dans le sous-sol, soit traité comme déchet toxique. À l'échelle mondiale, l'industrie pétrolière et gazière pourrait être responsable de 25 à 30% des émissions de méthane d'origine humaine, un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO₂ à court terme. Ces données soulèvent des questions sur la durabilité des choix énergétiques d'Elon Musk, qui misent désormais sur le gaz naturel pour ses projets industriels.
Les initiatives d'Elon Musk dans le domaine des énergies fossiles sont facilitées par l'administration Trump, au pouvoir depuis 2026. Musk a contribué financièrement à l'élection de Donald Trump, et cette administration a depuis multiplié les mesures pour favoriser l'exploitation des énergies fossiles et l'industrie spatiale, parfois au détriment de l'environnement. Par exemple, elle souhaite alléger les évaluations environnementales nécessaires pour approuver les lancements spatiaux, une décision qui profite directement à SpaceX. Cette politique s'ajoute à un contexte où SpaceX a déjà été condamnée à plusieurs reprises pour pollution, notamment pour avoir rejeté des polluants dans des points d'eau ou perturbé des espèces protégées près de Starbase au Texas.
Elon Musk justifie son virage vers les énergies fossiles en affirmant qu'il s'agit d'une étape de transition vers un futur où l'essentiel de la puissance de calcul serait déplacé dans l'espace, alimenté par une énergie solaire continue. Selon lui, les data centers orbitaux, équipés de panneaux solaires, prendraient le relais des infrastructures terrestres. Cependant, cette vision reste hypothétique et non démontrée à ce jour. En effet, des obstacles techniques, comme les effets des rayonnements cosmiques sur les équipements électroniques, subsistent. Pendant ce temps, les centrales à gaz et les turbines mobiles, bien que polluantes, sont déjà opérationnelles et répondent aux besoins immédiats de SpaceX et de ses entreprises associées.

