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Le canal de Pinglu inauguré par la Chine redessine les voies commerciales en Asie

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 4 j

Pékin ouvre une nouvelle voie vers le sud pour renforcer les liens avec le reste de la région..

Nouveau canal chinois

La Chine a inauguré le canal de Pinglu, une voie maritime artificielle de 134 kilomètres reliant le réseau fluvial du Guangxi (région du sud de la Chine) au golfe du Tonkin, près du Vietnam. Ce projet, construit en seulement quatre ans pour un coût de plus de 15 milliards de dollars canadiens, vise à faciliter les échanges commerciaux entre la Chine et l’Asie du Sud-Est. Jusqu’ici, les marchandises devaient emprunter un trajet plus long vers les grands ports de la côte est chinoise, comme Guangzhou ou Hong Kong, avant d’être exportées. Le nouveau canal offre un raccourci de 560 kilomètres, réduisant ainsi les coûts et le temps de transport pour les produits locaux et ceux de l’arrière-pays chinois, comme les villes de Chongqing ou Chengdu.

Contexte économique

L’ouverture du canal intervient dans un contexte de tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis. Les droits de douane imposés par Washington poussent les entreprises à déplacer une partie de leur production vers des pays voisins comme le Vietnam, pour éviter ces taxes. La Chine, premier partenaire commercial de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) depuis quatre ans, voit dans ce projet un moyen de renforcer ses liens avec cette région. Les échanges entre les deux parties ont atteint 890 milliards de dollars canadiens au premier semestre 2026, soit une hausse de 18,2 % en un an. Le canal s’intègre également au corridor international terre-mer chinois, un réseau d’infrastructures combinant rail, voies fluviales et ports pour relier l’intérieur du pays aux marchés asiatiques.

Avantages et gains

Le canal de Pinglu promet des économies significatives pour les entreprises. Par exemple, le transport de mandarines du Guangxi vers l’Asie du Sud-Est passerait de 15 jours à seulement 3 jours, réduisant ainsi les pertes liées à la détérioration des produits périssables. Selon les autorités chinoises, cette nouvelle route pourrait générer plus d’un milliard de dollars canadiens d’économies annuelles. Pour les experts, comme Jean-Paul Rodrigue, professeur à l’Université Texas A&M, l’objectif n’est pas seulement financier : le projet vise aussi à créer de nouvelles opportunités d’investissement, de marchés et de partenariats à long terme, sur une période de 10 à 20 ans.

Impacts régionaux

Le canal devrait principalement bénéficier au Vietnam, qui devient un point de transit clé entre la Chine et le reste de l’Asie du Sud-Est. Les routes partant du golfe du Tonkin mènent vers des pays comme Singapour, la Malaisie, la Thaïlande ou l’Indonésie, offrant aux entreprises locales un accès plus facile au marché chinois. Cependant, cette ouverture comporte des risques. Les économies de la région pourraient subir une concurrence accrue de la part des produits chinois, notamment dans les secteurs où les entreprises locales sont moins compétitives. Phar Kim Beng, professeur à l’Université islamique internationale de Malaisie, souligne que les gouvernements devront adapter leurs politiques pour protéger les petites et moyennes entreprises locales.

Ce que ça pourrait changer

Malgré son potentiel, le projet soulève des interrogations. Le Guangxi, où se situe le canal, dispose d’une base industrielle moins développée que celle de la province voisine du Guangdong. Certains analystes, comme Fu Yuanjia de l’Université des langues étrangères du Guangxi, s’interrogent sur la capacité de la région à produire suffisamment de marchandises pour justifier un tel investissement. Pour que le canal devienne un véritable levier économique, plusieurs conditions devront être remplies : amélioration des infrastructures portuaires, meilleure coordination entre les réseaux fluvial et maritime, et développement de nouvelles industries le long du corridor. Sans cela, le canal pourrait rester sous-utilisé, comme le résume Fu Yuanjia : *« S’il n’y a rien à transporter, ce ne sera finalement qu’un fossé. »*

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