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Environnement

Mobilisation lycéenne : «On décrète les lycéens ennemis de la nation comme on avait désigné les écologistes écoterroristes»

Vert.eco · mis à jour il y a 29 j

Les mobilisations lycéennes se poursuivent ce jeudi, avec plus de 375 établissements fermés ou bloqués. Depuis ses débuts, le mouvement connaît une forte répression policière, avec plus de 6 000 interpellations.

Mouvements lycéens en cours

Depuis la mi-septembre 2026, des mobilisations lycéennes se déroulent en France, avec plus de 375 établissements bloqués ou fermés ce jeudi 8 octobre. Ces manifestations, qui rassemblent des dizaines de milliers de personnes, sont marquées par une forte répression policière. Selon le ministère de l’Intérieur, plus de 6 000 interpellations ont été recensées, principalement de mineurs. Parmi les blessés, on compte 215 élèves, 700 membres des forces de l’ordre et une centaine de professeurs ou personnels éducatifs. Plusieurs incidents graves ont été signalés, comme la perte de la vue pour un lycéen de 16 ans à Tours, une main arrachée à un adolescent de 15 ans à Lens, ou encore une mâchoire fracturée à Saint-Ouen-l’Aumône. Dix enquêtes ont été ouvertes par la police des polices pour faire la lumière sur ces événements.

Armes et méthodes policières

La gestion des foules par la police française utilise depuis plus de dix ans des armes dites sublétales, comme les LBD (lanceurs de balles de défense) et les grenades. Ces armes sont conçues pour immobiliser sans tuer directement, mais elles peuvent causer des blessures graves, voire irréversibles. Leur utilisation s’est intensifiée depuis 2016, notamment lors des manifestations contre la loi travail El Khomri, puis pendant le mouvement des Gilets jaunes en 2018. Les policiers eux-mêmes reconnaissent une perte de compétence dans la gestion des foules, se reposant de plus en plus sur ces outils. Ce qui est nouveau ici, c’est l’application de ces méthodes à des adolescents, considérés comme des enfants selon le droit international.

Interpellations massives critiquées

Les 6 000 interpellations recensées lors des mobilisations lycéennes sont qualifiées de disproportionnées par le sociologue Sebastian Roché. Contrairement aux émeutes de 2023 après la mort de Nahel, où les arrestations faisaient suite à des actes violents (pillages, incendies), les lycéens interpellés n’ont commis aucun délit grave : seulement 24 établissements ont été endommagés sans pillage ni attaque contre les forces de l’ordre. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a pourtant justifié ces interpellations en abaissant le seuil de tolérance au désordre, allant jusqu’à sanctionner des incidents mineurs comme une poubelle renversée. Cette stratégie relève davantage d’un choix politique que d’une nécessité sécuritaire.

Comparaison avec les écologistes

Le sociologue Sebastian Roché établit un parallèle entre la répression des lycéens et celle des écologistes lors de la manifestation de Sainte-Soline en mars 2023, où ces derniers avaient été qualifiés d’écoterroristes. Dans les deux cas, le gouvernement semble adopter une approche binaire : certains mouvements, comme celui des agriculteurs, sont considérés comme des patriotes et bénéficient d’une tolérance accrue, tandis que d’autres, comme les lycéens ou les écologistes, sont désignés comme des ennemis de la nation. Cette distinction politique influence directement le niveau de violence policière utilisé, avec des armes et des méthodes plus agressives contre les groupes jugés indésirables.

Ce que ça pourrait changer

Selon Sebastian Roché, la gestion actuelle des manifestations redéfinit le droit à manifester en France. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a explicitement refusé de limiter l’usage des armes intermédiaires, affirmant ne pas avoir donné de consignes de retenue. Cette position illustre une tendance à s’affranchir des limites légales, même si les violations restent moins graves que dans certains pays comme la Tunisie. Le sociologue souligne que cette politique nie les souffrances infligées aux citoyens, qu’ils soient adultes ou mineurs, et remet en cause les principes fondamentaux du droit de manifester.

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