“Gilets jeunes” : la mobilisation des lycéens belges est elle aussi regardée avec mépris
Les manifestations des lycéens français font des émules en Belgique. À Liège, le 6 octobre, une mobilisation d’élèves du secondaire s’est finie dans la violence.
En octobre 2026, des lycéens belges, notamment à Liège, se mobilisent contre des mesures d’économie dans leur pays. Ce mouvement, surnommé les gilets jeunes par analogie avec les gilets jaunes français, a pris une tournure violente lors d’une manifestation le 6 octobre 2026. Les revendications des élèves restent floues, mais elles s’inscrivent dans un contexte de difficultés sociales accrues : augmentation du minerval (droit d’inscription dans les grandes écoles), coût des cantines scolaires, pénuries de professeurs, ou encore hausse des tarifs des abonnements de bus. Ces problèmes s’ajoutent à des inquiétudes plus larges comme l’anxiété climatique, les conflits internationaux ou les tensions économiques. Le mouvement, né et amplifié sur les réseaux sociaux comme TikTok, rappelle la dynamique des gilets jaunes, un mouvement français de 2018-2019 marqué par des protestations contre les inégalités sociales et fiscales.
Les médias belges et français peinent à comprendre et à couvrir ce mouvement des gilets jeunes, le qualifiant souvent avec mépris ou condescendance. Les autorités et la presse soulignent le caractère flou des revendications, l’influence des réseaux sociaux, ou encore la présence de casseurs infiltrés. Les lycéens sont parfois décrits comme manipulés par des groupes politiques, notamment d’extrême gauche, ou comme fascinés par la violence. Pourtant, ces analyses ne rendent pas compte de l’ensemble des frustrations accumulées par les jeunes, leurs familles et le système éducatif. Les médias classiques, mais aussi les plateformes en ligne, sont critiqués pour leur focalisation sur les images de violence, un phénomène appelé riot porn (pornographie de l’émeute), qui amplifie la visibilité des actes violents au détriment des revendications pacifiques.
La violence joue un rôle central dans la médiatisation du mouvement des gilets jeunes. Sans elle, les manifestations pacifiques, comme une chaîne humaine autour des écoles, n’auraient pas bénéficié de la même couverture médiatique ni de la même viralité sur les réseaux sociaux. Les algorithmes des plateformes comme Snapchat ou Instagram, conçus pour privilégier le contenu spectaculaire, amplifient les images de violence, créant un cercle vicieux. Ce phénomène, appelé protest paradigm (paradigme de la protestation) par les Anglo-Saxons, désigne une situation où la couverture médiatique et les réactions politiques se concentrent sur les actes violents, invisibilisant ainsi la majorité pacifique des manifestants. Cette dynamique enferme les mouvements dans une logique de répression accrue et de demande d’ordre de la part du public.
Le *protest paradigm* engendre un cercle vicieux dangereux pour les mouvements sociaux. En Belgique, comme en France avec les *gilets jaunes*, la focalisation sur la violence alimente un réflexe de répression de la part des autorités et une polarisation de l’opinion publique. Pour sortir de cette impasse, l’article souligne l’importance du dialogue et de la médiation. Il est nécessaire d’écouter les revendications des jeunes au-delà des images de poubelles enflammées, en prenant en compte des problèmes concrets comme le coût de la vie, les conditions scolaires ou les angoisses environnementales. Condamner la violence sans chercher à comprendre ses causes profondes risquerait, selon l’auteur, de nourrir davantage de désillusion et de radicalisation parmi les jeunes.

