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Généraliste

«Nitassinan», ou comment partager l’amour profond du territoire

Le Devoir · mis à jour il y a 2 j

La très aimée poète Joséphine Bacon fait un grand saut dans un autre art: le cinéma..

Un documentaire hybride

Le film Nitassinan est un documentaire d'une durée de 78 minutes, réalisé par la poète Joséphine Bacon et Kim O’Bomsawin, avec la participation de Sarah Fortin. Bien qu’étiqueté comme un long métrage documentaire, il adopte une forme hybride, mêlant des plans de nature, des témoignages d’aînés innus et des archives audiovisuelles. Le film explore le concept de Nitassinan, qui signifie « notre terre » en innu-aiman, une langue autochtone, et Nutshimit, signifiant « intérieur des terres ». Ces termes désignent un territoire sacré pour les Innus, à la fois source de vie, de spiritualité et de résistance face aux transformations imposées par l’industrie et les projets hydroélectriques comme Manic 5. Le documentaire se distingue par une approche visuelle contemplative, utilisant des plans aériens filmés par drone ou avion, des changements de saisons et des ralentis pour évoquer la beauté et la rudesse du territoire.

Joséphine Bacon, une autrice polyvalente

Joséphine Bacon, connue pour ses recueils de poésie comme Bâton à message ou Un thé dans la toundra, fait ici ses débuts en tant que réalisatrice de cinéma à l’âge de 78 ans. Elle alterne entre les rôles de narratrice, de témoin et de personnage à l’écran, partageant avec le public son attachement profond à Nitassinan. Le film s’inscrit dans une démarche de souveraineté narrative autochtone, un concept défendu par Kim O’Bomsawin, qui coproduit le documentaire et a réalisé des œuvres comme Ce silence qui tue (2018) ou Je m’appelle humain (2020), où Joséphine Bacon était déjà mise en avant. Cette souveraineté vise à donner aux peuples autochtones les moyens de raconter leurs propres histoires, loin des récits coloniaux traditionnels.

Témoignages et archives

Le film donne la parole à des aînés innus, qui partagent leurs souvenirs, leurs savoirs traditionnels et leur lien spirituel avec le territoire. Ils évoquent les changements subis par Nitassinan, comme la construction du barrage Manic 5 ou l’exploitation forestière, qui ont altéré leur mode de vie. Leur discours est ponctué de poèmes lus en voix off par Joséphine Bacon, Rita Mestokosho, Carole Labarre et Marie-Andrée Gill, ajoutant une dimension poétique et intime au documentaire. Des archives de Radio-Canada, de l’Office national du film du Canada et du fonds Jean-Claude Labrecque illustrent également le mode de vie traditionnel des Innus, avec des images de joies et de rires d’autrefois. Ces éléments visuels et sonores visent à transmettre l’âme du territoire, à la fois comme espace physique et comme entité vivante.

Ce que ça pourrait changer

*Nitassinan* se présente comme un « message d’amour à notre Territoire », soulignant que ce dernier est à la fois un lieu de naissance, un espace de vie et une source d’inspiration onirique. Le film se conclut sur une note d’espoir, avec une citation de Joséphine Bacon : « C’est ça le futur : retrouver *Nutshimit*. Parce que *Nutshimit* nous attend ». Ce message met en lumière l’importance de préserver les liens entre les peuples autochtones et leur terre, malgré les pressions économiques et environnementales. Le documentaire sera diffusé en salles au Québec à partir du 18 septembre 2026, marquant une étape dans la reconnaissance des récits autochtones au cinéma.

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