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Société

En Ossétie du Nord, les cimetières débordent mais le soutien à la guerre de Vladimir Poutine ne flanche pas

Slate FR · mis à jour 30 sept.

La guerre en Ukraine a particulièrement endeuillé cette région russe du Caucase. Sa population n'est toutefois pas prête à déposer les armes..

Contexte régional

L'Ossétie du Nord est une région montagneuse et isolée du sud de la Russie, frontalière avec la Géorgie. Elle compte environ 680 000 habitants et possède une longue tradition militaire, fournissant régulièrement des soldats à Moscou depuis des siècles. Cette région pauvre est particulièrement touchée par la guerre en Ukraine, avec un nombre de morts supérieur d'environ un tiers à la moyenne nationale russe. La guerre, qui dure depuis quatre ans et demi en 2026, y a des répercussions profondes sur la société, l'économie et les mentalités. Les autorités locales et les habitants doivent concilier deuil, soutien à la guerre et discours officiel du Kremlin, qui présente le conflit comme une opération militaire spéciale plutôt qu'une guerre.

Bilan humain lourd

Le conflit a causé un lourd tribut en vies humaines en Ossétie du Nord. Par exemple, Oksana Abaeva, 47 ans, a perdu son fils Albert, tué à 20 ans seulement quelques semaines après le début de l'invasion russe en février 2022. Les cimetières militaires de la région, comme celui de Vladikavkaz (capitale régionale), débordent de nouvelles stèles commémoratives. Les familles des victimes se recueillent régulièrement, mais malgré leur souffrance, une partie de la population continue de soutenir la guerre, justifiant cette position par la présence supposée de nazis en Ukraine selon le discours officiel du Kremlin. Certains endeuillés, comme Oksana Abaeva, estiment que la Russie doit poursuivre le conflit jusqu'à une victoire définitive.

Diversité des positions

Les avis au sein de la population ossète sont partagés. Anatoly Betruzov, vétéran de 65 ans ayant participé à trois guerres, dont celle du Donbass en 2014, reconnaît que des hommes meurent pour rien et que la guerre actuelle est une injustice, tout en reprenant le discours officiel sur la présence de nazis en Ukraine. D'autres, comme Zelimkhan Kozaev, directeur d'un centre de danse traditionnelle, adoptent une position plus prudente et évitent d'encourager les hommes de leur entourage à rejoindre l'armée. Certains endeuillés préfèrent utiliser le terme officiel d'opération militaire spéciale plutôt que celui de guerre, tandis que d'autres l'emploient ouvertement. Cette diversité reflète les tensions entre deuil, patriotisme et critique discrète du pouvoir.

Impact économique et social

La guerre a des répercussions majeures sur l'économie et la société ossètes. La mobilisation de septembre 2022 a entraîné une pénurie de main-d'œuvre, perturbant le marché du travail. Le conflit a également infiltré les institutions et l'éducation, avec une présence accrue d'anciens militaires dans les écoles. Un plan vise à embaucher un ancien combattant par école pour partager leur expérience avec les enfants et renforcer l'amour de la patrie. Cette transmission du récit patriotique s'inscrit dans un contexte historique marqué par la tragédie de Beslan, où un commando pro-tchétchène a pris en otage une école en septembre 2004, faisant 334 morts, dont 186 enfants. Cet événement a profondément marqué la région et renforcé une vision du monde où la Russie est perçue comme constamment menacée.

Ce que ça pourrait changer

Les institutions locales jouent un rôle clé dans la diffusion du discours patriotique. Les anciens combattants, souvent intégrés à l'administration après leur retour du front, sont encouragés à participer à l'éducation des jeunes. Leur présence dans les écoles est présentée comme un moyen de transmettre des valeurs patriotiques et de renforcer l'attachement à la patrie. Erik Bagaev, bénévole au sein d'une association de soutien aux familles des victimes, illustre cette dynamique. Les institutions ossètes, influencées par le récit officiel du Kremlin, utilisent l'histoire récente, comme la tragédie de Beslan, pour justifier une vision binaire du monde où la Russie est perçue comme une victime de menaces extérieures. Ce contexte favorise le maintien du soutien à la guerre malgré son coût humain élevé.

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