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Qira : l’IA façon Apple Intelligence de Lenovo

Presse-Citron · mis à jour 3 sept.

Lors de l'IFA 2026, Lenovo nous en a appris un peu plus sur Qira, son agent IA propriétaire. Sa montée en puissance est indéniable, certes ; mais sa plus importante faiblesse, celle qui conditionne tout le reste, n'a toujours pas été résolue..

Lenovo domine le marché PC

Lenovo est le leader mondial du marché des ordinateurs personnels, avec 65 millions de PC vendus chaque année et un chiffre d’affaires de 83 milliards de dollars pour l’exercice 2025/2026. Ces chiffres illustrent la position dominante du constructeur chinois, qui dépasse largement ses concurrents en volume de ventes. Malgré cette force commerciale, Lenovo cherchait à renforcer son offre logicielle en matière d’intelligence artificielle (IA), un domaine où il avait déjà développé plusieurs outils propriétaires comme Lenovo AI Now, Moto AI ou Smart Connect. L’entreprise a comblé ce retard en 2026 avec le lancement de Qira, présenté comme une solution unifiée pour ses appareils sous Windows et Android, s’inspirant du modèle d’Apple Intelligence. Cependant, cette initiative se heurte à un défi majeur : Lenovo ne maîtrise pas l’ensemble des technologies sous-jacentes, contrairement à Apple qui conçoit ses propres puces et systèmes d’exploitation.

Qira : une IA intégrée

Qira n’est pas un simple assistant vocal ou un chatbot comme ChatGPT ou Gemini. Il s’agit d’une couche logicielle intégrée en arrière-plan sur les PC Lenovo et les smartphones Motorola, conçue pour fonctionner en continu et unifier l’expérience utilisateur entre plusieurs appareils. Selon Dan Dery, vice-président de l’écosystème IA chez Lenovo, Qira ne se limite pas à répondre à des commandes, mais agit comme une intelligence ambiante personnelle qui s’adapte au contexte de l’utilisateur. L’outil propose six modes de fonctionnement, dont Catch Me Up (résumé des activités pendant une absence), Write For Me (rédaction de messages adaptés au ton de l’utilisateur), Pay Attention (génération de comptes-rendus de visioconférences) et Next Move (suggestions d’actions après une réunion). Qira se distingue en centralisant des informations dispersées entre différentes applications, un avantage rare face à des solutions comme Copilot de Microsoft ou Gemini de Google.

Fonctionnement technique hybride

Qira repose sur une architecture hybride combinant traitement local et cloud. Les tâches simples, comme le résumé de fichiers ou la reformulation de mails, sont exécutées directement sur le processeur de l’appareil via le NPU (Neural Processing Unit, une puce spécialisée dans l’IA), sans nécessiter de connexion internet. En revanche, les opérations complexes, comme la génération d’images ou le raisonnement avancé, sont déléguées au cloud via Microsoft Azure. Qira sélectionne automatiquement le modèle d’IA le plus adapté parmi GPT, Claude, Gemini ou Llama, en fonction du contexte. Cette flexibilité technique permet de réduire la charge sur les appareils tout en offrant des performances élevées. Lenovo a également abaissé les exigences matérielles pour Qira, passant à 16 Go de RAM pour les PC compatibles, élargissant ainsi son accessibilité.

Écosystème en expansion

Depuis son lancement en mars 2026, Qira a vu son écosystème s’élargir significativement. Initialement limité à quelques applications propriétaires, il intègre désormais des services tiers majeurs comme Gmail, Google Calendar, Slack, Outlook, Notion et Perplexity. Cette ouverture permet à Qira de centraliser des informations provenant d’environnements concurrents, comme Windows et Android, un exploit que ni Copilot ni Gemini ne peuvent réaliser. Par exemple, un utilisateur peut recevoir un rappel de Slack et une modification de calendrier Google dans une seule interface. Qira est également disponible sur la Moto Watch Ultra, la première montre connectée compatible, et sera déployé sur les smartphones Motorola éligibles à partir d’Android 17. Lenovo revendique désormais 80 configurations PC compatibles, contre une vingtaine au lancement.

Limites de Motorola

Malgré ses atouts technologiques, Qira repose sur un écosystème matériel limité : il ne fonctionne pleinement qu’avec un PC Lenovo et un smartphone Motorola. Or, Motorola ne représente que 5 % du marché mondial des smartphones, un chiffre qui pose un problème structurel. Bien que Lenovo affirme que Motorola progresse dans certaines régions comme l’Europe centrale, le Brésil ou l’Inde, rien ne garantit une croissance suffisante pour rendre Qira indispensable. Luca Rossi, président de l’Intelligent Devices Group chez Lenovo, a souligné que Qira pourrait aider à renforcer l’attractivité de Motorola, mais cette stratégie semble risquée. En effet, si un concurrent comme Microsoft ou Google intégrait des fonctionnalités similaires dans Copilot ou Gemini, Lenovo perdrait son avantage concurrentiel, car Qira n’est qu’une surcouche logicielle dépendante de technologies externes.

Comparaison avec Apple Intelligence

Lenovo présente Qira comme une alternative à Apple Intelligence, mais cette comparaison est trompeuse. Apple conçoit ses propres puces (comme les séries M et A) et optimise ses systèmes d’exploitation (macOS, iOS, iPadOS) pour son matériel, ce qui lui donne un contrôle total sur l’expérience utilisateur. À l’inverse, Lenovo dépend de fournisseurs externes comme Intel, AMD, Qualcomm ou NVIDIA pour ses processeurs, et utilise des systèmes d’exploitation tiers (Windows et Android). Cette dépendance limite la capacité de Lenovo à innover de manière autonome. Qira, bien que prometteur, reste une démonstration technologique plutôt qu’une révolution, destinée à une niche d’utilisateurs déjà fidèles à Lenovo et Motorola. Son principal atout réside dans sa capacité à unifier des flux d’informations entre des écosystèmes concurrents, un avantage temporaire face à des géants comme Apple ou Microsoft.

Ce que ça pourrait changer

Qira a été salué pour ses fonctionnalités innovantes, comme la centralisation des notifications ou la génération de comptes-rendus, mais son succès dépendra de deux facteurs clés. D’abord, de l’adoption par les utilisateurs : Lenovo mise sur sa base de clients existante, estimée à des millions de personnes, pour diffuser Qira. Ensuite, de l’ouverture de son API, lancée au troisième trimestre 2026, qui permettra à des partenaires comme *Expedia*, *Notion* ou *Perplexity* d’intégrer Qira à leurs services. Cependant, ces intégrations restent des ponts vers des outils existants, et non des applications conçues spécifiquement pour Qira. Le défi majeur reste la faible part de marché de Motorola, qui limite l’attractivité de l’écosystème Qira. Sans une croissance significative de Motorola, Qira restera un produit de niche, malgré ses qualités technologiques.

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