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Société

En Éthiopie, la guerre oubliée des montagnes de l'Amhara

Slate FR · mis à jour 7 oct.

Depuis 2023, les hauts plateaux de la région Amhara, au nord-ouest de l'Éthiopie, sont ravagés par l'une des guerres les plus invisibles au monde. Une milice nationaliste locale y a lancé une vaste insurrection armée, s'emparant de pans entiers de territoire.

Contexte historique

La région de l'Amhara, située dans les hauts plateaux du nord-ouest de l'Éthiopie, est un territoire historique et stratégique. Elle a abrité les premiers royaumes éthiopiens et a joué un rôle central dans la politique et la religion du pays jusqu'à la fin du XXe siècle. Les Amhara, deuxième groupe ethnique d'Éthiopie, y ont longtemps occupé une place dominante. Cependant, des réformes politiques successives ont progressivement marginalisé cette communauté, créant un sentiment d'exclusion. La région, dont les sommets dépassent 4 000 mètres, est aussi un bastion naturel, limitrophe du Tigré et du Soudan. Elle compte 23,2 millions d'habitants, majoritairement amhara, et son organisation repose en partie sur des appartenances ethniques, comme dans tout le pays.

Origine des Fano

Les Fano sont des milices armées nationalistes amhara apparues en 2023 pour défendre leur communauté contre les violences du gouvernement fédéral et des groupes ethniques voisins. Leur nom signifie approximativement «combattants populaires» en amharique, en référence à un groupe de volontaires ayant lutté contre l'occupation italienne dans les années 1930. Ces milices se sont structurées en réaction à des décennies de marginalisation politique et économique des Amhara. Leur émergence coïncide avec l'effondrement sécuritaire et la multiplication des violences interethniques en Éthiopie. Les Fano affirment vouloir sécuriser l'Amhara et, à terme, renverser le gouvernement fédéral, qu'ils accusent de trahison après l'accord de paix de Pretoria en 2022, qui a mis fin à la guerre du Tigré sans inclure les revendications amhara.

Déclenchement du conflit

Le conflit en Amhara a été déclenché en 2023 par une décision du gouvernement éthiopien de démanteler les forces spéciales régionales, une branche locale de l'armée considérée comme la dernière ligne de défense des Amhara. Ces forces, accusées de nettoyage ethnique au Tigré pendant la guerre, comptaient environ 15 000 combattants. Leur dissolution a provoqué la révolte de milliers de soldats, qui ont rejoint les Fano en apportant armes et expérience militaire. La révolte s'est rapidement étendue, ciblant des villes comme Gondar et Lalibela. Les Fano ont pris le contrôle de vastes zones rurales, tandis que le gouvernement fédéral a riposté par des bombardements sur les civils, des arrestations arbitraires et des violences sexuelles, alimentant un cycle de vengeance et de recrutement pour les milices.

Violences et exactions

Les deux camps sont accusés de violences extrêmes. Les forces fédérales ont multiplié les bombardements sur les zones civiles amhara, causant des milliers de morts et de déplacés. Des cas de violences sexuelles, d'enlèvements et de massacres de civils ont été documentés, notamment par des ONG. Par exemple, en 2020, 600 Amhara ont été tués à Maï-Kadra, et en 2022, 400 femmes et enfants ont été exécutés en Oromia. Les Fano, de leur côté, sont accusés de nettoyage ethnique dans des territoires comme Wolkait et Raya, repris lors de la guerre du Tigré. Le terme «génocide», utilisé par les Fano pour justifier leur lutte, est cependant instrumentalisé par les deux camps pour désigner les violences subies, sans consensus international sur sa qualification.

Conséquences humanitaires

La guerre en Amhara a des conséquences humanitaires dramatiques. En 2026, 2,3 millions de personnes ont besoin d'aide immédiate, et 670 000 ont été déplacées en raison des conflits. Plus de 3 600 écoles ont fermé, privant 4,5 millions d'enfants de scolarité en 2024. Les routes sont bloquées, l'accès des journalistes et des ONG est interdit, et l'aide humanitaire est régulièrement prise pour cible. Le retrait de l'USAID, dont les budgets ont été réduits, a aggravé la crise. Les populations locales, comme cette famille commémorant un proche tué par un drone en 2024, subissent des conditions de vie précaires, sans accès aux soins ni à la sécurité.

Stratégies et enjeux

Les Fano utilisent des techniques de guérilla pour résister à l'armée fédérale, mieux équipée mais en difficulté dans ce terrain montagneux. Ils contrôlent plus de 80 % des zones rurales de l'Amhara, selon leurs estimations, et se sont fédérés en 2026 au sein de l'AFNM (Amhara Fano National Movement) pour unifier leurs forces. Leur armement repose sur des mortiers, des mitrailleuses soviétiques et le soutien de leur diaspora, ainsi que, selon des rapports, de l'Érythrée, opposée à l'accord de paix au Tigré. Le gouvernement éthiopien, dirigé par le Premier ministre Abiy Ahmed, tente de diviser les milices, mais la fragmentation du mouvement limite son efficacité. La guerre a déjà fait entre 7 700 et 13 947 morts civils selon les sources, entre avril 2023 et avril 2025.

Ce que ça pourrait changer

Le conflit en Amhara s'inscrit dans une logique ethno-nationaliste. Les nationalistes amhara, majoritairement chrétiens orthodoxes, se présentent comme les gardiens de l'*«éthiopianité»*, une identité culturelle et historique liée à la dynastie salomonide, dont ils revendiquent la descendance. Cette vision s'oppose à celle du gouvernement fédéral, qui cherche à unifier le pays sous une identité nationale unique. Les Fano mettent en avant l'histoire de leur région, berceau des premiers royaumes éthiopiens, pour justifier leur lutte. Cependant, leur discours est parfois instrumentalisé à des fins politiques, chaque camp utilisant le terme *«génocide»* pour dénoncer les violences subies, sans preuve unanime de sa qualification.

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