Le vote par correspondance en danger aux États-Unis, selon un lanceur d’alerte
L'administration Trump cherche à implanter un nouveau système, à environ deux mois des élections de mi-mandat..
Un lanceur d’alerte américain, protégé par l’organisation Whistleblower Aid, alerte sur les dangers d’un nouveau système de vote par correspondance développé en urgence par le Service postal des États-Unis (USPS). Selon lui, ce système, imposé par un décret présidentiel du 31 mars 2026, est bâclé et précipité. Normalement, un projet de cette envergure prendrait entre 9 mois et 1 an, voire plus, mais le USPS doit le mettre en ligne dès le 1er septembre 2026. Le système vise à vérifier électroniquement les listes électorales des États avant l’envoi des bulletins, une première pour le USPS. Le lanceur d’alerte craint des conséquences catastrophiques, comme des retards ou des refus d’envoi de millions de bulletins, en raison d’erreurs ou de défaillances informatiques.
Pour la première fois, le USPS (l’équivalent de La Poste en France) jouerait un rôle de filtre dans le processus électoral. Il pourrait refuser d’envoyer des bulletins de vote que les États auraient pourtant validés. Ce changement est critiqué car il introduit une nouvelle étape sensible dans un système déjà complexe. Jean Loup Le Roux, président de MAGNA (une entreprise de cybersécurité), souligne que même une simple rumeur d’ingérence pourrait ébranler la confiance du public envers le système électoral. Le USPS a réagi en affirmant partager l’objectif de garantir la sécurité et la fiabilité du courrier électoral, tout en étudiant les préoccupations soulevées.
Les États américains envoient souvent des millions de bulletins de vote par lots de plus de 10 000 unités. Avec le nouveau système, une seule erreur dans un lot pourrait bloquer son envoi. L’État concerné devrait alors corriger l’erreur et renvoyer le lot, avec le risque de découvrir une nouvelle erreur lors de la vérification. Ce processus pourrait se répéter plusieurs fois, retardant l’envoi de milliers de bulletins. Le lanceur d’alerte estime que des millions d’électeurs pourraient ne pas recevoir leur bulletin à temps pour les élections de mi-mandat de novembre 2026. En 2024, plus de 61 millions de bulletins avaient été envoyés par la poste, dont 36 millions renvoyés aux États.
Le décret présidentiel à l’origine du nouveau système est contesté par plus de 20 États américains. Une juge fédérale avait bloqué le décret, mais la Cour suprême (la plus haute instance juridique des États-Unis) l’a invalidé en arguant qu’il était trop tôt pour juger de ses effets. Le 27 août 2026, la même juge a de nouveau bloqué le décret, une décision qui devrait être portée devant la Cour suprême. Sam Simon, professeur de droit spécialisé en processus électoraux, estime qu’il serait surprenant que la Cour suprême laisse le décret entrer en vigueur. Même si le système ne sera probablement pas utilisé pour les élections de novembre 2026, les États devront adapter leurs budgets et processus, ce qui pourrait fragiliser la confiance des citoyens dans le vote par correspondance.
Les lanceurs d’alerte et le sénateur démocrate Richard Blumenthal ne cherchent pas à empêcher le vote par correspondance, mais à alerter sur les risques du nouveau système. David Kligerman, vice-président de *Whistleblower Aid*, souligne qu’il faut éviter de décourager les électeurs d’utiliser ce mode de scrutin. L’objectif est de pousser les tribunaux à bloquer le décret pour permettre une refonte du système, afin de garantir sa fiabilité et sa sécurité. Les acteurs concernés insistent sur l’importance de préserver la confiance des citoyens dans le processus électoral, quel que soit leur camp politique.

