Vitol, le géant pétrolier qui fournit Israël... et veut électrifier les bus français
Peu connu du grand public, Vitol est devenu en 2025 le premier fournisseur pétrolier d'Israël, qui utilise une partie de ce combustible pour alimenter ses guerres au Moyen-Orient. En parallèle, Vitol s'est discrètement implanté en France via une filiale spécialisée dans l'électrification des véhicules.
Vitol est une entreprise multinationale spécialisée dans le commerce de pétrole, de gaz naturel et d'autres énergies fossiles. Fondée en 1966 aux Pays-Bas, elle est aujourd'hui l'un des plus grands traders de pétrole au monde, avec un chiffre d'affaires annuel dépassant les 300 milliards de dollars. Le groupe opère dans plus de 30 pays et emploie environ 10 000 personnes. Bien que son siège social soit basé à Rotterdam, ses activités s'étendent à travers le globe, notamment en Europe, en Afrique et en Asie. Vitol est souvent critiqué pour son rôle dans la commercialisation d'énergies fossiles, responsables du réchauffement climatique, mais l'entreprise se présente aussi comme un acteur engagé dans la transition énergétique.
Vitol joue un rôle clé dans l'approvisionnement énergétique d'Israël, un pays qui dépend fortement des importations de pétrole et de gaz pour son économie. Depuis plusieurs années, le groupe fournit une partie du pétrole utilisé par Israël, notamment via des contrats d'achat et de vente de brut (pétrole non raffiné). Cette relation commerciale s'inscrit dans un contexte géopolitique complexe, où Israël cherche à sécuriser ses approvisionnements énergétiques malgré les tensions régionales. En 2023, Vitol a notamment exporté du pétrole russe vers Israël, malgré les sanctions internationales contre Moscou, ce qui a suscité des controverses.
En France, Vitol ambitionne de se diversifier dans le secteur des transports propres en proposant des solutions pour électrifier les flottes de bus urbains. Le groupe a notamment signé un accord avec RATP Dev, filiale du groupe RATP (Régie Autonome des Transports Parisiens), pour fournir des bus électriques et des infrastructures de recharge. Ce projet s'inscrit dans le cadre de la transition écologique des villes françaises, où les collectivités locales cherchent à réduire les émissions de CO₂ liées aux transports. Vitol mise sur son expertise en logistique et en énergie pour se positionner sur ce marché en croissance, estimé à plusieurs milliards d'euros.
Le positionnement de Vitol soulève des questions sur la cohérence entre ses activités traditionnelles (pétrole, gaz) et ses nouvelles ambitions dans les énergies vertes. D'un côté, le groupe continue de tirer une grande partie de ses revenus des énergies fossiles, contribuant ainsi aux émissions de gaz à effet de serre. De l'autre, il investit dans des projets comme les bus électriques, présentés comme une solution pour réduire la pollution urbaine. Cette stratégie hybride illustre les tensions entre les objectifs de transition énergétique et les réalités économiques d'un géant du pétrole, dont les activités restent majoritairement ancrées dans les énergies carbonées.
Les initiatives de Vitol en France ont suscité des réactions mitigées. Certains acteurs locaux, comme des associations environnementales ou des élus écologistes, soulignent le paradoxe d'un groupe pétrolier qui se présente comme un acteur de la transition écologique. Ils pointent notamment le fait que Vitol continue de profiter du commerce du pétrole, tout en cherchant à capter des subventions publiques pour des projets verts. En Israël, où Vitol est un fournisseur historique, les critiques portent davantage sur les liens commerciaux avec des pays sous sanctions, comme la Russie, plutôt que sur les questions environnementales.

