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Généraliste

«Souffrir au féminin»: la médecine peine encore à accorder le féminin

Le Devoir · mis à jour il y a 17 j

Florence Meney explore les angles morts qui persistent en santé des femmes..

Santé des femmes

L’article aborde les inégalités persistantes dans l’accès aux soins et le diagnostic des problèmes de santé spécifiques aux femmes au Québec. Malgré un système de santé généralement performant, des lacunes majeures subsistent, notamment en matière de prise en charge des réalités gynécologiques et post-partum. Par exemple, environ 100 000 femmes au Canada vivent avec une mutilation génitale féminine (excision), une pratique souvent mal comprise par les professionnels de santé québécois, faute de formations adaptées. Les formations existent, mais sont rarement utilisées, ce qui aggrave la situation pour ces patientes. L’autrice Florence Meney souligne que ces enjeux concernent aussi des femmes parfaitement intégrées à la société québécoise, comme des éducatrices ou des infirmières. Le livre Souffrir au féminin met en lumière ces angles morts à travers des témoignages et des entretiens avec des spécialistes.

Endométriose

L’endométriose est une maladie chronique où des tissus similaires à ceux de l’utérus se développent en dehors de cet organe, provoquant des douleurs intenses et parfois des complications graves. Au Québec, son diagnostic reste difficile et tardif. Un test salivaire innovant, développé par l’entreprise française Ziwig, permet de détecter la maladie plus rapidement, mais il n’est pas encore autorisé par Santé Canada, l’organisme fédéral responsable de l’évaluation des médicaments et des technologies médicales. En Europe, ce test est déjà disponible, mais son absence au Canada force les patientes à subir des examens invasifs et coûteux pour confirmer le diagnostic. La gynécologue Élise Dubuc, citée dans l’ouvrage, dénonce ce retard qui pénalise les femmes québécoises.

Âges de la vie

La prise en charge des femmes varie considérablement selon les étapes de leur vie. Pendant la grossesse, les Québécoises bénéficient d’un suivi médical de haute qualité, avec des équipes multidisciplinaires dédiées. En revanche, avant et après cette période, notamment après la ménopause, les soins deviennent souvent insuffisants. Les problèmes de santé pelvienne, comme les fuites urinaires, sont fréquemment banalisés, alors qu’ils pourraient être prévenus ou traités. Florence Meney explique que beaucoup de femmes âgées considèrent ces symptômes comme une fatalité, alors que des solutions existent. Par exemple, des exercices de rééducation pelvienne ou des traitements médicaux peuvent améliorer leur qualité de vie. Pourtant, ces options restent méconnues ou inaccessibles pour une partie de la population.

Invisibilisation

L’ouvrage Souffrir au féminin dénonce la tendance à minimiser ou à ignorer les souffrances des femmes, notamment à travers les représentations publicitaires. Chantal Dumoulin, professeure à l’École de réadaptation de l’Université de Montréal, critique les publicités pour protections absorbantes qui montrent des femmes souriantes et actives, suggérant que ces problèmes (comme les fuites urinaires) sont sans gravité. Selon elle, ces images entretiennent l’idée qu’il faut « vivre avec » ces difficultés plutôt que de les traiter. Cette invisibilisation des symptômes contribue à normaliser des souffrances qui pourraient être évitées ou soulagées, privant les femmes de solutions concrètes et de reconnaissance de leur mal-être.

Pouvoir médical

Un autre enjeu majeur soulevé par Florence Meney est la difficulté pour les femmes de faire entendre leur voix dans le système de santé. Beaucoup de patientes ne savent pas comment s’orienter dans le réseau médical québécois, où les portes d’entrée sont souvent floues. De plus, contester un diagnostic ou un avis médical peut être perçu comme un affront, ce qui décourage les femmes de défendre leurs besoins. Pourtant, l’autrice insiste sur l’importance de leur expertise personnelle : leur connaissance intime de leur corps est un atout pour les professionnels de santé. Martine Delvaux, essayiste et romancière, encourage les femmes à s’informer sur leur santé, tout en rappelant qu’elles ne doivent pas porter seules le poids des lacunes du système. Être informée peut parfois déstabiliser certains médecins, mais cela permet aussi de reprendre une part de contrôle sur sa santé.

Ce que ça pourrait changer

L’essai *Souffrir au féminin* de Florence Meney, publié aux Éditions La Presse en 2026, rassemble une quinzaine d’entretiens avec des spécialistes et des témoignages de femmes ayant vécu des parcours de soins difficiles. L’autrice y explore les angles morts de la santé des femmes au Québec, en mettant en lumière des réalités souvent négligées, comme les complications post-partum ou les problèmes gynécologiques sous-diagnostiqués. Le livre souligne que, malgré un système de santé globalement performant, l’accès aux soins reste inégal selon les profils des patientes. Il propose aussi des pistes pour améliorer la situation, comme une meilleure formation des professionnels ou une plus grande écoute des patientes. L’ouvrage s’adresse à un public large, cherchant à sensibiliser et à informer sur des enjeux encore trop souvent ignorés.

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