En Algérie, un “goulag” en plein désert réserve “l’enfer” aux narcotrafiquants
L’Algérie a décidé de créer une prison de haute sécurité, en plein désert du Sahara, pour y détenir les barons de la drogue et autres trafiquants. Il s’agirait d’une ancienne caserne transformée en véritable centre pénitentiaire.
L’Algérie a annoncé la transformation d’une ancienne caserne militaire située dans le désert du Sahara, près de Bordj Badji Mokhtar dans le sud du pays, en une prison de haute sécurité. Cette région, appelée Tanezrouft, est l’une des zones les plus inhospitalières du monde, avec des températures dépassant régulièrement les 50°C. La prison est destinée à accueillir les trafiquants de drogue et les barons du crime organisé. Cette décision a été prise le 2 septembre 2026 par le Conseil supérieur de sécurité algérien, dirigé par le président Abdelmajid Tebboune. Le choix de ce lieu extrême vise à dissuader les criminels et à les isoler géographiquement, à près de 400 kilomètres de la ville la plus proche.
L’Algérie fait face à une augmentation du trafic de stupéfiants, notamment de cannabis et de psychotropes, en provenance de ses frontières orientales et méridionales. Le 21 août 2026, les autorités algériennes ont annoncé la plus grande saisie de leur histoire : 10,4 millions de capsules de prégabaline (un médicament détourné pour ses effets euphorisants) et 33,4 kilogrammes de cocaïne, pour une valeur totale estimée à 70 millions de dollars (60 millions d’euros). La prégabaline, normalement utilisée pour traiter l’épilepsie ou les douleurs neuropathiques, est détournée pour ses effets similaires à ceux des drogues récréatives. Ces saisies illustrent l’ampleur du trafic dans la région.
Les autorités algériennes présentent cette prison comme une mesure dissuasive face à la recrudescence du trafic de drogue. Elles s’inspirent notamment des modèles de prisons de haute sécurité d’autres pays, comme ceux du Salvador ou des États-Unis. Le Salvador est connu pour sa politique de répression massive contre les gangs, tandis que les États-Unis disposent d’agences spécialisées comme la Drug Enforcement Administration (DEA), chargée de la lutte contre le trafic de stupéfiants. L’Algérie a également annoncé la création d’une agence de sécurité dédiée à cette lutte, sur le modèle de la DEA. L’objectif est double : afficher une fermeté symbolique et réduire les activités criminelles en isolant les trafiquants.
La création de cette prison suscite des débats en Algérie. Certains médias d’opposition, comme Le Matin d’Algérie, qualifient cette prison de goulag, en référence aux camps de travail forcés de l’ex-URSS, et s’interrogent sur la logique de cette mesure. Ils critiquent notamment le choix d’un lieu aussi inhospitalier, qui pourrait constituer une double peine pour les détenus. D’autres médias, comme Akhbar El-Watan, rapportent que l’opinion publique algérienne serait plutôt favorable à cette prison, perçue comme une réponse ferme à l’insécurité. Certains internautes ironisent sur l’idée que même un gardien ouvrant les portes ne pousserait pas un détenu à s’évader, tant les conditions seraient difficiles.
Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de durcissement du régime algérien face à toute forme d’opposition. Le président Abdelmajid Tebboune mise sur une stratégie de répression et de peur pour maintenir l’ordre, selon des observateurs. La prison du désert pourrait ainsi servir non seulement à lutter contre le trafic de drogue, mais aussi à intimider d’autres formes de criminalité ou d’opposition politique. Certains analystes estiment que cette mesure répond davantage à une logique d’affichage de fermeté qu’à une réelle efficacité pénale ou sociale. Le pouvoir algérien justifie cependant cette approche par la nécessité de répondre à l’émotion collective face à l’insécurité.

