NapseflowNapseflow
Généraliste

La réconciliation sans la vérité?

ICI Radio-Canada · mis à jour 30 sept.

Accorde-t-on la place nécessaire à la vérité? L’a-t-on mise de côté pour se concentrer sur la réconciliation?.

Journée nationale

La Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, célébrée chaque 30 septembre au Canada, commémore les victimes et les survivants des pensionnats autochtones. Ces établissements, créés par le gouvernement fédéral et gérés principalement par des Églises (catholique, anglicane, etc.) entre la fin du XIXe siècle et 1996, avaient pour objectif d’assimiler de force les enfants autochtones en leur interdisant de parler leur langue ou de pratiquer leur culture. Environ 150 000 enfants autochtones ont été concernés. Cette journée, marquée par le port d’un chandail orange (symbole de la souffrance des enfants, inspiré par l’histoire de Phyllis Webstad dont le chandail lui fut confisqué à son arrivée au pensionnat), vise à rappeler ces injustices et à encourager la réflexion sur la réconciliation.

Vérité menacée

En 2027, les témoignages des survivants des pensionnats, recueillis dans le cadre de la Convention de règlement relative aux pensionnats, doivent être détruits. Cette décision, dénoncée par des figures comme la journaliste Connie Walker (membre de la Première Nation Okanese) et Kimberly Murray (ancienne interlocutrice spéciale pour les enfants disparus), risque d’effacer des preuves cruciales des abus subis. Walker a découvert, via des demandes d’accès à l’information, quelque 200 allégations d’abus commis par des employés des pensionnats, dont des prêtres et des nonnes. Ces archives pourraient contenir des vérités essentielles pour comprendre l’ampleur des violences et des disparitions d’enfants, comme celles révélées en 2021 à Kamloops (Colombie-Britannique), où des sépultures anonymes ont été identifiées.

Négationnisme croissant

Une tendance au négationnisme concernant les pensionnats autochtones se développe au Canada, avec des discours remettant en cause la réalité des violences et des morts. Des commerces ou individus vendent même des chandails niant l’existence de tombes anonymes, comme l’a dénoncé le rappeur anishinabe Samian. Ce phénomène s’ajoute à l’absence de mention de ces événements dans les manuels scolaires, où les pensionnats sont souvent résumés à une simple anecdote sans contexte historique ou humain. Na’kuset, directrice du Foyer des femmes autochtones de Montréal, souligne que cette méconnaissance permet l’indifférence et empêche une véritable prise de conscience collective.

Témoignages cruciaux

Les survivants des pensionnats, comme Jimmy Papatie (ancien chef de Kitcisakik) ou Roberta Hill (survivante de l’Institut Mohawk), insistent sur l’importance de leurs récits pour établir la vérité. Papatie critique les politiques de réconciliation actuelles, qu’il qualifie de bullshit, car elles évitent d’aborder les responsabilités du gouvernement et des Églises. Hill, quant à elle, exige que les institutions (ministère des Affaires indiennes, Église anglicane) expliquent publiquement leurs actes et leurs excuses, plutôt que de se contenter de déclarations génériques. Leur message est clair : la réconciliation ne peut exister sans une reconnaissance pleine et entière des torts causés.

Rôle des institutions

Le gouvernement canadien et les Églises, principaux responsables des pensionnats, sont accusés de minimiser leur rôle dans ces crimes. Kimberly Murray, ancienne interlocutrice spéciale pour les enfants disparus, souligne que l’État a une obligation internationale de préserver la vérité, notamment en conservant les archives. Pourtant, des décisions judiciaires récentes, comme celle de la Cour suprême en 2024, n’ont pas reconnu ces événements comme un génocide, malgré les preuves accumulées. Cette position judiciaire limite les recours possibles pour les survivants et leurs familles, qui réclament une reconnaissance légale des atrocités commises.

Réconciliation en débat

La Commission de vérité et réconciliation (2007-2015), dirigée notamment par Marie Wilson, a permis de documenter les témoignages de 7 000 survivants. Cependant, son mandat se concentrait sur la collecte des récits individuels plutôt que sur une enquête exhaustive des archives. Wilson défend l’idée que la réconciliation est un processus continu, et non un objectif atteignable, nécessitant l’implication de tous les acteurs : gouvernements, Églises, société civile et Autochtones. Elle rappelle que pour beaucoup de survivants, le simple fait de raconter leur histoire a été le premier pas vers la guérison, montrant que vérité et réconciliation sont indissociables.

Ce que ça pourrait changer

Face à la destruction programmée des archives et à la montée du négationnisme, des initiatives comme le *Projet sur les dossiers des pensionnats* (porté par Walker et Murray) tentent de préserver les preuves des abus. Ces efforts s’ajoutent à des actions juridiques, comme le recours collectif intenté par Papatie contre le gouvernement pour la reconnaissance des victimes du pavillon Notre-Dame-de-la-Route. L’urgence est double : d’une part, sauvegarder les documents avant leur destruction en 2027 ; d’autre part, intégrer ces vérités dans l’enseignement scolaire et les débats publics pour éviter que l’histoire des pensionnats ne soit oubliée ou déformée.

Sujets complémentaires

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.