Comment l’AfD est devenu un parti de masse en Allemagne
10 cartes et graphiques pour comprendre la victoire de l’extrême droite en Saxe-Anhalt. L’article Comment l’AfD est devenu un parti de masse en Allemagne est apparu en premier sur Le Grand Continent..
L’AfD (Alternative für Deutschland, parti d’extrême droite allemand) a remporté un score historique de 43,8% lors d’une élection régionale en Saxe-Anhalt, dépassant de plus de dix points son précédent record de 32,8% obtenu en 2024 en Thuringe. Ce résultat marque une progression significative par rapport aux élections précédentes dans cette région. L’AfD a ainsi consolidé sa position comme force politique majeure en Allemagne, dépassant largement les autres partis en lice. Ce scrutin régional, qui s’est tenu le 6 septembre 2026, illustre une dynamique électorale forte pour ce parti, qui s’impose désormais comme un acteur incontournable de la vie politique allemande.
L’Union chrétienne-démocrate (CDU), parti traditionnel de droite, a subi un revers cuisant en obtenant seulement 17,2% des voix, soit près de trois points de moins que les dernières intentions de vote. Les partis de gauche (SPD, Verts, Die Linke) se sont partagé entre 8,6% et 9,3% des suffrages, tandis que l’Alliance Sahra-Wagenknecht (BSW), formation de gauche nationaliste, a franchi le seuil des 5% nécessaires pour obtenir des sièges avec 5,3% des voix. Ce résultat montre un affaiblissement marqué de la CDU, autrefois dominante dans la région, et une fragmentation du paysage politique à gauche.
L’AfD a progressé dans 40 des 41 circonscriptions de Saxe-Anhalt, avec une exception notable dans la circonscription urbaine de Halle III, où les Verts ont légèrement progressé. Dans l’ensemble, le parti a doublé son score de 2021, y compris dans les grandes villes comme Magdebourg (32,6%) et Halle (29,9%). Cependant, ses meilleurs résultats (plus de 60% des voix) ont été enregistrés dans le sud de la région, à la frontière avec la Thuringe et la Saxe. Ce score démontre une implantation géographique large et une capacité à séduire des électeurs dans des contextes variés, y compris urbains.
L’AfD est désormais considérée comme un Volkspartei (« parti de masse ») en Allemagne, capable de s’imposer dans toutes les régions et toutes les démographies. Ce terme désigne un parti qui représente une large partie de la population, au-delà des clivages traditionnels. Contrairement à la CDU, qui a perdu cette qualité, l’AfD a réussi à fédérer des électeurs dans des communes rurales comme urbaines, ainsi que dans différentes tranches d’âge. Ce statut lui confère une légitimité nouvelle et une influence accrue sur la scène politique allemande.
Lors de ce scrutin, les électeurs allemands disposaient de deux voix : la première (Erststimme) pour élire un candidat direct dans leur circonscription, et la seconde (Zweitstimme) pour la répartition des sièges au Landtag (parlement régional). L’AfD a remporté 38 des 41 circonscriptions avec la première voix, ne laissant que trois sièges à Die Linke dans les villes de Magdebourg et Halle. Ce résultat montre une forte capacité à mobiliser les électeurs autour de candidats locaux, renforçant ainsi son ancrage territorial et son influence politique.
Les partis de gauche (SPD, Verts, Die Linke) ont bénéficié d’un vote tactique de la part des électeurs, qui ont parfois donné leur deuxième voix à un parti différent de leur premier choix pour éviter qu’il ne tombe sous le seuil des 5% et ne perde ses sièges. Par exemple, dans la circonscription de Halle III, Die Linke a obtenu 40% des premières voix mais seulement 13,8% des secondes. Ce phénomène a permis aux Verts et au SPD de franchir le seuil, tandis que sans ce report, l’AfD aurait pu obtenir une majorité absolue avec 52% dans certains groupes d’âge.
L’AfD a enregistré une progression de 170 000 voix par rapport à 2021, principalement grâce à des transferts d’électeurs en provenance de la CDU et à l’arrivée massive d’anciens abstentionnistes. Ces derniers représentaient environ 10% du corps électoral total de Saxe-Anhalt. À l’inverse, seulement 45 000 abstentionnistes ont voté pour la gauche et 30 000 pour la CDU. Le BSW a également capté des voix de l’extrême gauche, tandis que le centre-gauche a gagné des électeurs modérés de la CDU. Ces dynamiques illustrent un réalignement politique marqué en faveur de l’AfD.
Le taux de participation a atteint un niveau historique de 77,8%, soit 17 points de plus qu’en 2021. Jamais autant d’électeurs ne s’étaient déplacés lors d’une élection régionale en Saxe-Anhalt depuis 1990. Cependant, cette hausse de la participation n’a pas directement profité à l’AfD, car les zones où elle est forte (petites communes rurales) ont vu leur participation augmenter de manière comparable aux villes. Ce phénomène, appelé rattrapage, montre que l’AfD a su mobiliser de nouveaux électeurs sans dépendre uniquement d’une hausse globale de la participation.
Le vote pour l’AfD est fortement influencé par des facteurs sociodémographiques. Les électeurs sans diplôme supérieur ont voté à 57% pour l’AfD, contre 30% pour ceux ayant un niveau d’éducation élevé. Les hommes ont voté à 50% pour l’AfD, contre 39% pour les femmes. Parmi les électeurs jugeant leur situation financière mauvaise, 65% ont choisi l’AfD, contre 37% pour les autres. Enfin, les 70 ans et plus ont placé l’AfD à égalité avec la CDU autour de 30%, ce qui a été décisif pour éviter une majorité absolue à l’AfD. Sans ce groupe, le parti aurait pu atteindre 52% dans certains groupes d’âge.
L’AfD, avec **39 sièges** sur 83 au *Landtag*, ne dispose pas d’une majorité absolue et devra composer avec d’autres partis pour gouverner. Elle pourrait s’appuyer sur l’abstention du BSW, qui a confirmé vouloir faire battre le candidat de la CDU, Sven Schulze. Ensemble, les deux partis obtiendraient **44 sièges**, soit une majorité de deux sièges. Cependant, la CDU craint que l’AfD ne tente de diviser son groupe, avec seulement **3 défections** nécessaires pour faire basculer la majorité. Une autre option serait une coalition de tous les autres partis pour bloquer l’AfD, à condition de subir moins de **2 défections**. La session constitutive du parlement, prévue avant le **6 octobre 2026**, s’annonce donc très tendue.

