Un des premiers cimetières animaliers du monde est français, et on y trouve même un singe
Ouvert à Asnières-sur-Seine en 1899, le cimetière des chiens révèle le nouveau rapport qui se tisse, au tournant du XXe siècle, entre l'humain et ses compagnons à quatre pattes. Visite guidée..
Le cimetière d'Asnières-sur-Seine, situé sur la rive gauche de la Seine près du pont de Clichy à Paris, est un lieu de sépulture insolite dédié aux animaux domestiques. Contrairement aux cimetières humains, il abrite des tombes de chiens, chats, chevaux, poissons, oiseaux, lapins, hamsters, tortues et même un singe. Les stèles portent des noms comme Cookie, Minette ou Coquillette, reflétant l'affection portée à ces animaux. Ce lieu, qui s'étend sur un hectare, est marqué par des chrysanthèmes, des stèles en grès et des visiteurs silencieux, rappelant les cimetières humains. Maurillia, une visiteuse régulière depuis 17 ans, y entretient les jardinières et évoque avec émotion les souvenirs liés à ses chiens, dont le dernier a été enterré en 2022.
Au XIXe siècle, avant l'existence de ce cimetière, les animaux errants à Paris, notamment les chiens, étaient souvent abandonnés ou mourraient dans la rue. Les chiffonniers, des marchands de bric-à-brac vivant dans des conditions précaires, récupéraient parfois leurs carcasses. En 1898, une loi française impose l'enfouissement des animaux domestiques décédés sous une couche de terre d'au moins un mètre d'épaisseur pour des raisons d'hygiène publique. Cette mesure répond à l'inquiétude des hygiénistes face à la prolifération des cadavres d'animaux dans les rues et sur les berges de la Seine. En 1899, l'avocat George Harmois et la journaliste Marguerite Durand créent le cimetière d'Asnières pour offrir un lieu de repos aux animaux, considérés comme des compagnons de nos joies et de nos tristesses.
Le cimetière d'Asnières n'est pas le premier cimetière animalier au monde. En 1881, Londres ouvre le Hyde Park Dog Cemetery, fermé en 1902 en raison d'un manque d'espace après seulement trois cents sépultures. New York suit en 1896 avec le Hartsdale Pet Cemetery. Cependant, Asnières se distingue par sa longévité et son succès. Dès 1958, il compte 40 000 animaux enterrés, dont une fosse commune réservée aux propriétaires moins fortunés. Une plaque commémore d'ailleurs le 40 000e animal, un chien errant mort à la grille du cimetière. Le lieu attire aussi des célébrités comme Rintintin, une star du cinéma américain, ou Moustache, un chien de guerre napoléonien mort en 1812.
À l'origine, le cimetière d'Asnières était surtout fréquenté par l'élite parisienne, le prix des concessions étant élevé. Cependant, il a aussi servi de dernier refuge aux animaux des classes populaires. Les épitaphes en anglais témoignent de l'attrait international du lieu. En 2012, une Américaine riche y enterre son caniche *Tipsy* avec un collier de diamants, mais la tombe est profanée peu après. Aujourd'hui, le cimetière conserve son aspect bucolique, avec des tombes ornées de jouets, de gamelles et de photographies. Les messages sur les stèles, comme *À bientôt au paradis* ou *Vous avez remplacé l'enfant que je n'ai pas eu*, illustrent l'attachement profond des humains à leurs animaux, désormais pleurés comme des membres de la famille.

