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Environnement

«Reprendre la mer» : un manifeste percutant pour couler la «contre-pêche»

Vert.eco · mis à jour il y a 20 j

Dans cet essai incisif, la militante écologiste Claire Nouvian, le philosophe Baptiste Morizot et le scientifique Daniel Pauly décryptent la pêche et son contraire, la «contre-pêche», ces navires démesurés qui dévorent les ressources marines..

Trois auteurs engagés

L’article présente un essai collectif intitulé «Reprendre la mer», signé par trois figures engagées dans la défense des océans. Claire Nouvian est une militante écologiste française, fondatrice de l’association Bloom, qui lutte contre la surpêche et les pratiques destructrices de l’industrie halieutique. Baptiste Morizot est un philosophe spécialisé dans les relations entre humains et non-humains, connu pour ses travaux sur l’éthique environnementale. Daniel Pauly, scientifique canadien, est un expert mondial de l’écologie marine et de la gestion des ressources halieutiques. Leur collaboration vise à analyser les mécanismes de la pêche industrielle et à proposer des alternatives pour préserver les écosystèmes marins. L’ouvrage s’inscrit dans un contexte de crise écologique mondiale, où les océans, essentiels à la régulation du climat, subissent une pression sans précédent.

La pêche industrielle décryptée

L’essai décrypte le fonctionnement de la pêche industrielle, souvent qualifiée de «contre-pêche» par les auteurs. Cette expression désigne les navires géants, équipés de technologies avancées comme les sonars ou les chaluts, capables de capturer des quantités massives de poissons en peu de temps. Ces pratiques entraînent une surpêche, c’est-à-dire une exploitation des ressources marines à un rythme supérieur à leur capacité de renouvellement. Selon les auteurs, cette industrie est responsable de la disparition de nombreuses espèces et de la dégradation des écosystèmes marins. Par exemple, environ 90 % des stocks de poissons commerciaux sont aujourd’hui exploités à leur limite ou au-delà, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Les auteurs soulignent que ces navires, souvent subventionnés par des États, opèrent dans l’impunité, malgré les alertes scientifiques répétées.

Les ravages de la contre-pêche

Le terme «contre-pêche» est utilisé pour décrire les effets néfastes de la pêche industrielle sur les océans. Les auteurs mettent en lumière plusieurs conséquences directes : la destruction des habitats marins, comme les fonds marins labourés par les chaluts, et la capture accessoire d’espèces non ciblées, appelées «prises accessoires», qui représentent jusqu’à 40 % des captures mondiales. Ces prises accessoires sont souvent rejetées mortes à la mer, aggravant le gaspillage. De plus, la pêche industrielle contribue à l’effondrement des écosystèmes, comme en témoigne la quasi-disparition de certaines espèces emblématiques, comme la morue de l’Atlantique Nord, dont les stocks ont chuté de plus de 90 % depuis les années 1970. Les auteurs dénoncent également l’inégalité économique de ce système, où une poignée de pays riches et d’entreprises privées captent l’essentiel des profits, tandis que les communautés locales et les écosystèmes paient le prix.

Un manifeste pour l’océan

«Reprendre la mer» se présente comme un manifeste, c’est-à-dire un texte engagé qui appelle à une transformation radicale des pratiques de pêche. Les auteurs proposent de repenser la relation entre humains et océans en s’appuyant sur des principes éthiques et écologiques. Ils plaident pour une pêche durable, c’est-à-dire une exploitation des ressources marines à un rythme compatible avec leur renouvellement, et pour la protection des écosystèmes fragiles. Leur approche s’inspire des travaux de Daniel Pauly, qui a développé des outils pour évaluer l’état des stocks de poissons, et de ceux de Baptiste Morizot, qui défend une éthique du soin envers les non-humains. L’objectif est de sortir d’un modèle extractiviste, où la mer est vue comme une ressource inépuisable, pour adopter une vision plus respectueuse et collaborative.

Ce que ça pourrait changer

Les auteurs avancent plusieurs pistes pour concrétiser leur manifeste. Ils suggèrent d’abord de réduire drastiquement la taille des flottes de pêche industrielles, en limitant les subventions publiques qui les maintiennent artificiellement. Ils proposent également de développer des **aires marines protégées**, des zones où la pêche est interdite ou strictement régulée, pour permettre aux écosystèmes de se régénérer. Par exemple, seulement 7 % des océans sont aujourd’hui protégés, alors que les scientifiques estiment qu’il en faudrait au moins 30 % pour préserver la biodiversité marine. Enfin, ils appellent à une transition vers une économie bleue, où les communautés locales et les savoirs traditionnels jouent un rôle central dans la gestion des ressources. Leur approche s’inscrit dans une perspective de justice sociale et environnementale, où la préservation des océans est indissociable du bien-être humain.

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