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Géopolitique

Pourquoi la guerre n’a jamais été aussi vaine

Courrier International · mis à jour 22 sept.

La guerre a toujours existé, et sa disparition maintes fois annoncée n’a pas eu lieu, observe ce chroniqueur de “Foreign Policy” et professeur de relations internationales à Harvard. Mais il suffit de se pencher sur l’histoire récente, en Iran, en Ukraine, en Afghanistan, à Gaza ou au Yémen, pour se rendre compte que la guerre est de plus en plus inutile..

Guerre comme outil politique

La guerre est souvent présentée comme la continuation de la politique par d’autres moyens, une formule attribuée au théoricien militaire prussien Carl von Clausewitz (1780-1831). Selon cette idée, une guerre doit servir un objectif politique précis, comme conquérir un territoire ou imposer un changement de régime. Cependant, une victoire militaire ne garantit pas automatiquement l’atteinte de cet objectif. Par exemple, une armée peut remporter une bataille décisive mais échouer à faire plier l’ennemi sur le plan politique, rendant le conflit inutile. Cette nuance est cruciale pour comprendre pourquoi certaines guerres, malgré leurs coûts humains et économiques, ne produisent pas les résultats escomptés. L’auteur souligne que cette réflexion le préoccupe particulièrement dans le contexte actuel.

Prédictions historiques erronées

Dès le XIXe siècle, des penseurs comme le philosophe américain Ralph Waldo Emerson (1803-1882) prédisaient la fin des guerres, affirmant en 1849 que la paix universelle est aussi certaine que la supériorité de la civilisation sur la barbarie. Plus tard, en 1909, l’écrivain et homme politique britannique Norman Angell publiait La Grande illusion, où il soutenait que dans un monde de plus en plus interconnecté, le coût d’une guerre entre grandes puissances dépasserait largement ses éventuels bénéfices. Ces prédictions, bien que séduisantes, n’ont pas résisté à l’épreuve du temps, comme le montre l’actualité récente. L’auteur cite ces exemples pour illustrer que l’idée d’une guerre de plus en plus vaine n’est pas nouvelle, mais reste difficile à concrétiser.

Interdépendance économique

L’argument central de Norman Angell repose sur l’interdépendance économique, un concept selon lequel les économies modernes sont si liées que le déclenchement d’une guerre entre grandes puissances causerait des dommages économiques bien supérieurs aux gains potentiels. Par exemple, une guerre entre deux pays industrialisés pourrait perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales, provoquer des crises financières ou des pénuries de ressources, et finalement nuire aux deux belligérants. Cet argument s’appuie sur l’idée que les États modernes tirent une part croissante de leur richesse des échanges commerciaux, rendant la guerre non seulement coûteuse en vies humaines, mais aussi en termes économiques. L’auteur suggère que cette logique rend les guerres de plus en plus irrationnelles.

Échecs des stratégies militaires

L’auteur s’interroge sur l’efficacité des stratégies militaires contemporaines pour atteindre des objectifs politiques. Il rappelle que les plus grandes victoires sur le champ de bataille ne valent rien si elles ne s’accompagnent pas d’effets politiques durables. Par exemple, une armée peut conquérir un territoire, mais si la population locale résiste ou si la communauté internationale impose des sanctions, les gains militaires peuvent s’avérer temporaires ou contre-productifs. Cette réflexion s’applique particulièrement aux conflits récents, comme la guerre en Ukraine, où malgré des avancées militaires, les objectifs politiques initiaux restent difficiles à atteindre. L’auteur souligne que cette dynamique rend les guerres de plus en plus vaines, car elles ne produisent pas les résultats escomptés.

Coût humain et économique

Les guerres modernes sont de plus en plus coûteuses, non seulement en termes de vies humaines, mais aussi sur le plan économique. Par exemple, le conflit en Ukraine a déjà causé des pertes humaines considérables et des dégâts matériels estimés à des centaines de milliards d’euros. De plus, les sanctions économiques imposées à la Russie ont des répercussions mondiales, affectant les prix de l’énergie, des denrées alimentaires et des matières premières. Ces coûts dépassent largement les bénéfices potentiels d’une victoire militaire, rendant les guerres de plus en plus irrationnelles. L’auteur suggère que cette réalité économique rend les conflits armés de moins en moins viables comme outil politique.

Ce que ça pourrait changer

L’**OTAN** (Organisation du traité de l’Atlantique Nord), une alliance militaire fondée en 1949, joue un rôle clé dans la dissuasion des conflits en Europe. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, l’absence d’une réponse ferme de l’OTAN a conduit à une redéfinition des frontières en Europe, avec des conséquences géopolitiques majeures. Par exemple, la Russie a pu étendre son influence dans certaines régions, modifiant l’équilibre des pouvoirs en Europe de l’Est. L’auteur souligne que cette situation illustre comment les dynamiques géopolitiques modernes rendent les guerres de plus en plus complexes et coûteuses, limitant la capacité des États à atteindre leurs objectifs par la force militaire.

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