Les gilets jaunes pourraient bien rejoindre les lycéens samedi dans les rues de France
Cette «convergence des luttes» interviendrait sur fond de tensions sociales, alimentées par une inflation au plus haut..
Le mouvement des gilets jaunes est né en France en 2018 et 2019 en réaction à des mesures gouvernementales jugées injustes, notamment une hausse des taxes sur les carburants. Ce mouvement tire son nom des gilets de sécurité portés par ses participants, symbole de leur mobilisation. Il a rassemblé des citoyens de tous horizons, souvent en difficulté financière, dénonçant une baisse de leur pouvoir d’achat et une fiscalité perçue comme inéquitable. Le mouvement s’est caractérisé par des blocages de ronds-points et des manifestations massives, parfois marquées par des violences. Six ans plus tard, certains de ses membres appellent à une nouvelle mobilisation le 17 octobre 2026, en s’appuyant sur la colère actuelle des lycéens et étudiants.
La France traverse une période de fortes tensions économiques en octobre 2026. L’inflation atteint 3,1 % sur un an en septembre, un niveau inédit depuis janvier 2024. Cette hausse des prix, notamment des carburants et des produits de première nécessité, réduit le pouvoir d’achat des ménages. Parallèlement, le pays est surendetté, ce qui inquiète les marchés financiers et limite les marges de manœuvre du gouvernement. Ces difficultés économiques alimentent la colère sociale et poussent différents groupes, comme les gilets jaunes et les lycéens, à se mobiliser ensemble contre la vie chère. Le gouvernement craint une aggravation de la situation avant l’élection présidentielle.
Depuis mi-septembre 2026, les lycéens français manifestent pour dénoncer le manque de moyens dans l’éducation, notamment la pénurie de professeurs et les dysfonctionnements de la plateforme d’orientation universitaire Parcoursup. Leur mouvement, initialement pacifique, s’est radicalisé face à la répression policière, avec des images de violences contre des adolescents circulant largement sur les réseaux sociaux. Ces événements ont suscité l’empathie des gilets jaunes, qui partagent des revendications similaires, comme la critique de la gestion politique et la défense des services publics. Les organisations lycéennes ont appelé à rejoindre la mobilisation du 17 octobre, malgré le début des vacances scolaires.
Un appel intitulé « jaunes et jeunes » a été lancé en ligne pour rassembler les gilets jaunes, les jeunes de la Gen Z, les paysans, les ouvriers, les enseignants, les soignants et d’autres groupes sociaux autour d’une liste commune de revendications. Ces dernières incluent la hausse du coût de la vie, le gel des allocations et des salaires des fonctionnaires, la répression policière, la critique du système démocratique actuel (« on vote tous les cinq ans et où, le reste du temps, il faudrait la fermer »), la fermeture de services publics, le rejet de Parcoursup et la dénonciation du capitalisme. Cette convergence des luttes est perçue comme une opportunité par des partis politiques comme La France insoumise (LFI), un mouvement de gauche radicale, qui espère en tirer profit. Cependant, les sondages placent toujours en tête Marine Le Pen, candidate de l’extrême droite.
Le 17 octobre 2026, des manifestations et des blocages sont organisés dans toute la France, avec plus de 1 000 actions recensées : rassemblements sur des ronds-points, barrages filtrants, perturbations dans les gares, raffineries ou dépôts pétroliers. Les autorités anticipent une mobilisation hétéroclite, mêlant différents groupes sociaux, mais estiment que la participation des jeunes pourrait être moindre en raison des vacances scolaires. Les abords des sites sensibles, comme l’Élysée, Matignon ou l’Assemblée nationale, seront interdits à la manifestation. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a exprimé sa crainte de violences, qualifiant le mouvement lycéen de « mouvement de violences urbaines ».
Selon Paolo Stuppia, chercheur et coauteur de l’ouvrage *Géopolitique de la jeunesse*, la mobilisation du 17 octobre s’inscrit dans une *polycrise* touchant les jeunes scolarisés : changement climatique, précarité économique, difficultés d’insertion professionnelle et crainte de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite. La réponse policière aux manifestations lycéennes pourrait aussi servir de *pont* entre ces derniers et les gilets jaunes, qui ont eux-mêmes subi une répression intense lors de leurs mobilisations passées. Cette dynamique illustre une tendance mondiale, comme en Albanie, où des étudiants manifestent depuis trois jours contre le manque de soutien gouvernemental.

