La guerre en Ukraine s’étend à l’espace
En Europe, trois sites liés à Starlink ont été ciblé ces dernières semaines L’article La guerre en Ukraine s’étend à l’espace est apparu en premier sur Le Grand Continent..
Le 12 octobre 2026, un satellite russe nommé Kosmos 2612, lancé en avril de la même année avec cinq autres engins, s’est approché de manière inhabituelle du satellite finlandais ICEYE-X36, enregistré comme américain. Ce dernier fait partie d’une constellation de satellites radar utilisée par l’armée ukrainienne pour obtenir des images stratégiques. Après une série de manœuvres débutées le 30 septembre, Kosmos 2612 s’est placé sur la même orbite que ICEYE-X36, réduisant la distance entre les deux engins de 475 kilomètres à seulement deux cents mètres en quelques jours. Les intentions de la Russie restent floues : selon des experts comme Adam Marsh de LeoLabs, le satellite russe pourrait avoir tenté de collecter des données ou transportait une arme antisatellite. Clayton Swope, chercheur au CSIS, n’exclut pas une tentative de destruction du satellite avant que Moscou n’y renonce. Cette situation illustre l’escalade des tensions spatiales entre la Russie et les États-Unis, Moscou développant depuis 2024 des systèmes antisatellites jugés opérationnels par le commandement spatial américain (U.S. Space Command).
Depuis septembre 2026, plusieurs infrastructures liées à Starlink, le service d’Internet par satellite d’Elon Musk et de SpaceX, ont été la cible d’attaques ou de tentatives d’attaques en Europe. Le 23 septembre, une station située à Wola Krobowska, au sud de Varsovie (Pologne), a été incendiée. Selon le média allemand Der Spiegel, des membres d’un gang criminel turc, les « Daltons », agiraient pour le compte des services de renseignement russes, une hypothèse soutenue par les autorités polonaises. Le 9 octobre, deux individus masqués ont incendié huit antennes d’un site près de Sofia (Bulgarie), entraînant l’émission d’un mandat d’arrêt européen contre deux Allemands de 19 ans. Enfin, dans la nuit du 17 au 18 octobre, une tentative d’incendie a visé des antennes et une unité de contrôle d’une entreprise lituanienne à Vilnius, attribuée par le Premier ministre lituanien à la Russie. Ces sites contribuent à la connectivité de l’Ukraine, notamment pour la transmission d’Internet et la coordination des troupes via Starlink, devenu un outil vital pour la défense ukrainienne contre les drones russes.
Les satellites jouent un rôle central dans le conflit en Ukraine. Starlink, avec ses environ 10 000 satellites en orbite, permet aux forces ukrainiennes de communiquer, de coordonner leurs mouvements et de résister aux drones russes. L’Ukraine bénéficie également du renseignement fourni par des satellites américains comme SBIRS, un système d’alerte avancée qui détecte les lancements de missiles balistiques et suit en temps réel les missiles de croisière, difficiles à repérer avec les radars terrestres en raison de leur faible altitude. En Europe, les satellites d’observation comme ceux de la constellation OneWeb (environ 600 satellites) aident à localiser les troupes, l’artillerie ou les sites de lancement de missiles. Cependant, l’Europe accuse un retard significatif : en 2025, elle n’a représenté que 0,3 % des satellites mis en orbite (13 satellites contre plus de 4 000 pour les États-Unis). Cette dépendance technologique limite ses capacités spatiales face à la Russie et aux États-Unis.
L’Europe dépend fortement des infrastructures spatiales américaines, notamment pour les services d’Internet par satellite et les satellites d’observation. *OneWeb*, le principal concurrent européen de *Starlink*, ne compte que 600 satellites contre 10 000 pour son rival américain, ce qui réduit sa capacité à transmettre des données et à desservir un grand nombre d’utilisateurs simultanément. Cette dépendance est également financière : la Pologne a dépensé plus de 480 millions de *zlotys* (environ 110 millions d’euros) depuis 2022 pour financer des terminaux et abonnements *Starlink* destinés à l’Ukraine. Les attaques récentes contre les infrastructures *Starlink* en Europe soulignent cette vulnérabilité. Malgré des initiatives pour renforcer son autonomie spatiale, l’Europe reste en retard, avec seulement 13 satellites lancés en 2025 contre 4 000 pour les États-Unis et 387 pour la Chine. Cette situation expose les pays européens à des risques de perturbation des communications et du renseignement en cas de conflit.

