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Géopolitique

“Nous rebâtirons nos sanctuaires” : en Syrie, les Yézidis retrouvent leurs terres meurtries

Courrier International · mis à jour il y a 4 j

Depuis le début de l’année, des centaines de membres de cette minorité religieuse, qui avaient fui une offensive turque en 2018, ont pu revenir dans leurs villages. Ils y ont retrouvé des maisons et des lieux de culte pillés ou détruits, un nouveau chapitre dans la longue histoire des persécutions subies par cette communauté, raconte “New Lines Magazine”..

Qui sont les Yézidis

Les Yézidis sont une minorité religieuse kurdophone originaire d’Asie occidentale, principalement établie dans des régions actuelles de Syrie, d’Irak, de Turquie et d’Iran. Leur histoire remonte à plus de cinq mille ans, ce qui en fait l’une des plus anciennes communautés religieuses encore actives aujourd’hui. Leur foi repose sur un mélange de traditions anciennes, incluant des éléments du zoroastrisme, du christianisme, de l’islam et du soufisme. Les Yézidis vénèrent un dieu unique, mais ils croient en sept anges intermédiaires, dont Malek Taus, souvent appelé l’ange paon, figure centrale de leur spiritualité. Leur culte est organisé autour de sanctuaires, comme ceux d’Afrine en Syrie, où ils pratiquent des rituels spécifiques, comme des prières adressées au soleil, considéré comme leur qibla (direction vers laquelle ils se tournent pour prier). Leur nombre exact est difficile à établir, mais ils représentent une infime partie de la population dans les pays où ils vivent, souvent victimes de persécutions en raison de leur foi.

Contexte en Syrie

La région d’Afrine, située dans le nord de la Syrie, abritait autrefois la plus grande communauté yézidie du pays avant le début de la guerre civile syrienne en 2011. Cette zone, majoritairement kurde, a été le théâtre d’un conflit complexe impliquant des groupes armés, des forces turques et des milices locales. En 2018, une offensive turque a poussé des centaines de milliers de personnes à fuir, dont une partie importante de la communauté yézidie. Les Yézidis d’Afrine ont ainsi été contraints de quitter leurs villages, leurs maisons et leurs lieux de culte, souvent détruits ou pillés. Leur retour, commencé au début de l’année 2026, s’inscrit dans un contexte de reconstruction difficile, marqué par la destruction des infrastructures et la persistance de tensions politiques et sécuritaires dans la région.

Retour et reconstruction

Depuis le début de l’année 2026, des centaines de Yézidis ont pu revenir dans leurs villages d’Afrine, en Syrie. Leur retour s’accompagne d’un travail de reconstruction à la fois matériel et spirituel. Les maisons et les sanctuaires, souvent réduits à l’état de ruines, sont progressivement restaurés par les habitants eux-mêmes. Parmi ces lieux de culte, 19 sanctuaires sont présents dans les montagnes de la région, témoignant de l’importance historique et religieuse de cette communauté. Suad Hiso, une Yézidie de 52 ans, incarne cette volonté de renaissance : elle prie dans l’un de ces sanctuaires, parmi les bougies et les offrandes laissées par les fidèles, et prononce des prières traditionnelles pour demander force, lumière et protection. Ce retour s’inscrit dans une démarche de résilience, mais aussi de réappropriation de leur identité et de leur territoire.

Persécutions historiques

Les Yézidis ont une longue histoire de persécutions, souvent motivées par des préjugés ou des conflits religieux. Leur foi, mal comprise et souvent diabolisée, a fait d’eux des cibles récurrentes dans les pays où ils vivent. En Irak, par exemple, des milliers d’entre eux ont été victimes de violences, notamment sous le régime de Saddam Hussein ou lors de l’émergence de l’État islamique (Daech) entre 2014 et 2017, qui a réduit en esclavage des milliers de femmes yézidies. En Syrie, leur situation s’est aggravée avec la guerre civile et les offensives turques, qui ont exacerbé les divisions ethniques et religieuses. Ces persécutions ont entraîné des vagues de déplacements forcés, privant les Yézidis de leurs terres et de leurs lieux de culte, tout en menaçant leur survie en tant que communauté distincte.

Ce que ça pourrait changer

Le retour des Yézidis en Syrie s’accompagne de nombreux défis. Outre la reconstruction physique des villages et des sanctuaires, ils doivent faire face à des obstacles politiques et sécuritaires. La région d’Afrine reste instable, avec des tensions persistantes entre groupes armés et forces turques. De plus, la communauté doit gérer les traumatismes engendrés par des années de violence et d’exil, ainsi que la perte de nombreux membres, tués ou disparus. Enfin, leur reconstruction dépend aussi de la stabilisation de la Syrie dans son ensemble, un processus long et incertain. Malgré ces difficultés, les Yézidis montrent une détermination à préserver leur héritage culturel et religieux, comme en témoigne Suad Hiso et d’autres membres de la communauté qui reprennent leurs rituels dans des lieux partiellement détruits.

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