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Société

Uber accusé de laisser une IA décider du salaire de ses chauffeurs

Slate FR · mis à jour il y a 15 j

La multinationale est attaquée par des chauffeurs de plusieurs pays européens pour son algorithme opaque, qui utiliserait le profilage afin de fixer le tarif des courses..

Plainte collective en Europe

En été 2026, des chauffeurs Uber de plusieurs pays européens (Royaume-Uni, Pays-Bas, etc.) ont déposé une plainte collective contre l’entreprise auprès du tribunal d’Amsterdam. Environ 241 000 chauffeurs sont concernés par cette action, qui vise à obtenir des dommages et intérêts ainsi qu’une interdiction des pratiques dénoncées. Les plaignants accusent Uber d’utiliser une intelligence artificielle (IA) pour fixer leurs salaires et attribuer les courses, un système qu’ils jugent dénué d’humanité et contraire aux droits des travailleurs. Cette plainte s’inscrit dans un contexte où Uber, valorisée à plus de 150 milliards de dollars (129 milliards d’euros), est déjà sous le feu des critiques pour ses méthodes de gestion algorithmique.

Algorithme de tarification opaque

Les chauffeurs dénoncent un algorithme de tarification personnalisée, qualifié de boîte noire car ses règles de fonctionnement ne sont pas transparentes. Cet outil ajuste les prix des courses en fonction de données collectées sur les conducteurs, comme leur historique d’acceptation de tarifs bas ou leur localisation. Par exemple, un chauffeur ayant déjà accepté plusieurs courses à bas prix se voit proposer des tarifs encore plus faibles, l’algorithme supposant qu’il acceptera. En 2023, Uber a lancé la tarification dynamique au Royaume-Uni, réduisant les revenus annuels des chauffeurs de 5 815 € en moyenne. Les plaignants estiment que ce système exploite leurs données personnelles pour maximiser les profits de l’entreprise au détriment de leurs conditions de travail.

RGPD et profilage illégal

Les chauffeurs accusent Uber d’avoir utilisé leurs données personnelles pour entraîner ses modèles d’IA, en violation du Règlement général sur la protection des données (RGPD). Ce texte européen encadre l’utilisation des données personnelles et interdit les pratiques de profilage non consenties, c’est-à-dire l’analyse automatisée de comportements pour prendre des décisions ayant un impact sur les individus. Les plaignants estiment qu’Uber a profité de leurs données (historique des courses, localisation, etc.) pour ajuster les tarifs et répartir le travail de manière discriminatoire. Ils réclament des dommages et intérêts ainsi qu’une injonction pour faire cesser ces pratiques, qu’ils considèrent comme une atteinte à leurs droits fondamentaux.

Impact sur les chauffeurs

Les chauffeurs décrivent l’algorithme comme un manager virtuel omniprésent, qui détermine non seulement leurs revenus, mais aussi leurs heures de travail, leur temps de repos et leur équilibre familial. Mohammed Shirwa, chauffeur à Rotterdam, explique que l’IA apprend à connaître ses faiblesses pour proposer des tarifs toujours plus bas, le plaçant dans une situation de dépendance. Kola Oba, à Londres, a vécu une expérience similaire : il a reçu une offre de 23 £ pour une course, contre 27 £ pour un collègue effectuant la même course, en raison de son historique d’acceptation de tarifs réduits. Ces pratiques créent un sentiment de surveillance constante et de pression économique, où les chauffeurs se sentent piégés par un système qu’ils ne maîtrisent pas.

Ce que ça pourrait changer

Cette plainte est portée par *Worker Info Exchange*, une association fondée par James Farrar, déjà à l’origine d’une victoire juridique en 2021. À l’époque, la Cour suprême britannique avait reconnu aux chauffeurs Uber le statut de *travailleurs* (et non d’indépendants), leur accordant des droits sociaux comme le salaire minimum ou les congés payés. Aujourd’hui, l’association étend cette lutte en Europe, où les chauffeurs dénoncent une utilisation illégale de l’IA pour contourner ces droits. Le tribunal d’Amsterdam devra trancher sur la légalité des pratiques d’Uber, notamment en matière de protection des données et de discrimination algorithmique. Cette affaire pourrait faire jurisprudence sur l’encadrement des outils d’IA dans le monde du travail.

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