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Géopolitique

L’intelligence artificielle est de loin la révolution industrielle la plus coûteuse de l’histoire

Courrier International · mis à jour il y a 18 j

Une nouvelle étude relayée par “Bloomberg” tente d’évaluer les investissements qui pourraient être consacrés dans le monde entier, d’ici à 2050, aux centres de données formant l’infrastructure de l’intelligence artificielle. Les chiffres évoqués donnent le tournis..

Coût historique de l'IA

L’intelligence artificielle (IA) représente la révolution industrielle la plus coûteuse de l’histoire, avec des investissements prévus dans les centres de données dédiés à l’IA estimés à 31 600 milliards de dollars d’ici 2050. Ce montant équivaut presque au produit intérieur brut (PIB) des États-Unis, qui s’élève à environ 28 000 milliards de dollars en 2026. À titre de comparaison, les infrastructures majeures du passé, comme les chemins de fer, les réseaux électriques ou Internet, ont nécessité des investissements bien moins élevés. Les dépenses pourraient même atteindre 50 000 milliards de dollars si l’adoption de l’IA dépasse les prévisions actuelles. Les centres de données sont des infrastructures physiques où sont stockées et traitées les données nécessaires au fonctionnement des systèmes d’IA. Leur construction et leur maintenance nécessitent des équipements hautement spécialisés, comme des puces électroniques ultra-puissantes.

Répartition géographique

Les investissements dans les centres de données pour l’IA ne seront pas uniformes à l’échelle mondiale. Selon l’étude de PwC et Oxford Economics, relayée par Bloomberg, les États-Unis capteront près de la moitié des dépenses, soit 15 100 milliards de dollars, grâce à leur avance technologique et leur écosystème d’innovation. L’Asie-Pacifique suivra avec 8 200 milliards de dollars, principalement en raison de la présence de géants technologiques comme la Chine ou le Japon. L’Europe obtiendra 5 600 milliards de dollars, tandis que le Moyen-Orient et l’Afrique recevront respectivement 1 100 milliards et 255 milliards de dollars. Ces disparités s’expliquent par des facteurs comme la disponibilité de l’énergie, les réglementations locales sur la protection des données et l’accès aux semi-conducteurs, des composants essentiels pour les infrastructures numériques.

Défis majeurs à relever

Trois principaux défis pourraient freiner ou rediriger ces investissements colossaux. Le premier concerne l’approvisionnement en électricité, qui devra être à la fois abondant, fiable et décarboné pour alimenter les centres de données. Le deuxième porte sur les lois relatives à la souveraineté des données, qui pourraient imposer des contraintes locales et modifier la répartition des investissements sans pour autant les réduire. Enfin, les tensions géopolitiques pourraient perturber les chaînes d’approvisionnement des semi-conducteurs, réduisant de près de 20 % les dépenses mondiales. Par exemple, des restrictions sur l’exportation de puces électroniques, comme celles imposées par les États-Unis à la Chine, pourraient ralentir le déploiement de l’IA dans certaines régions.

Opposition locale croissante

L’expansion des centres de données suscite une opposition grandissante, notamment aux États-Unis, où au moins 75 projets représentant 130 milliards de dollars d’investissements ont été bloqués ou retardés au premier trimestre 2026. Les manifestants critiquent les impacts environnementaux, comme la consommation excessive d’eau et d’énergie, ainsi que les risques liés à l’IA sur l’emploi et la société. Ces contestations pourraient ralentir la construction de nouveaux centres et influencer les décisions des gouvernements locaux. Par exemple, l’État de New York a déjà décrété un moratoire sur les centres de données pour évaluer leur impact écologique et social. Ces mouvements reflètent une prise de conscience des limites du modèle actuel de développement technologique.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs acteurs joueront un rôle central dans la répartition et la réalisation de ces investissements. Les entreprises technologiques, comme Nvidia, leader mondial des puces pour l’IA, bénéficieront directement de cette manne financière, car les mises à jour régulières des composants électroniques représenteront la majeure partie des coûts. Les gouvernements et les régulateurs auront également un rôle clé en fixant les règles sur l’énergie, les données et les semi-conducteurs. Enfin, les institutions financières, qui disposent des capitaux nécessaires, devront décider où et comment investir. La question n’est donc pas tant de savoir si ces investissements sont possibles, mais plutôt quelles régions et quels acteurs parviendront à en tirer profit.

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