Un poisson des abysses au crâne de verre révèle enfin ses secrets après avoir été filmé vivant pour la première fois à 710 mètres de profondeur
Une expédition au fond de l'Atlantique a capturé les premières images d'un poisson abyssal à tête transparente et découvert deux champs hydrothermaux rares..
Un poisson des abysses, surnommé Macropinna microstoma en raison de sa petite bouche, a été filmé vivant pour la première fois à une profondeur de 710 mètres dans l'océan Pacifique. Ce poisson, reconnaissable à son crâne transparent, a longtemps échappé aux scientifiques en raison de son habitat difficile d'accès. Les images, capturées par des chercheurs, révèlent des comportements inédits et des caractéristiques physiques surprenantes. Ce spécimen appartient à la famille des Opisthoproctidae, des poissons adaptés aux grandes profondeurs où la lumière est quasi inexistante.
Le Macropinna microstoma possède un crâne partiellement transparent, une particularité rare chez les vertébrés. Cette transparence, qui lui vaut le surnom de poisson au crâne de verre, est due à une structure osseuse peu dense et à des tissus mous qui laissent passer la lumière. Ce mécanisme pourrait lui permettre de mieux détecter les proies ou les prédateurs dans un environnement où la visibilité est extrêmement limitée. Les scientifiques pensaient auparavant que ce crâne transparent était une caractéristique des spécimens morts ou conservés, mais les images montrent qu'il est bien présent chez les individus vivants.
Les images révèlent que ce poisson se nourrit principalement de petits crustacés et de méduses, qu'il capture grâce à sa bouche orientée vers le haut. Contrairement à ce que les chercheurs imaginaient, il ne chasse pas en nageant activement, mais reste souvent immobile, attendant que ses proies passent à proximité. Cette stratégie, appelée chasse à l'affût, est courante chez les espèces vivant dans des milieux pauvres en ressources. Les scientifiques ont également observé que ses yeux, de forme tubulaire, sont capables de pivoter à l'intérieur de sa tête, lui offrant une vision à 360 degrés.
Cette première observation en milieu naturel marque une avancée majeure pour la science. Auparavant, les connaissances sur ce poisson reposaient uniquement sur des spécimens morts ou capturés près de la surface, ce qui faussait les interprétations de son mode de vie. Les images, tournées à l'aide de robots sous-marins équipés de caméras haute définition, ont permis de confirmer des hypothèses anciennes et d'en formuler de nouvelles. Cette découverte souligne l'importance des technologies d'exploration des abysses, encore largement inexplorés malgré leur rôle clé dans les écosystèmes marins.
L'étude de ce poisson et de son habitat contribue à mieux comprendre les adaptations des espèces aux conditions extrêmes des profondeurs océaniques. Ces milieux, soumis à une pression élevée et à des températures proches de 0°C, abritent une biodiversité unique mais menacée par les activités humaines comme la pêche profonde ou la pollution plastique. Les chercheurs soulignent la nécessité de protéger ces écosystèmes fragiles, encore mal connus. Cette découverte rappelle également que les océans, qui couvrent 70 % de la surface terrestre, restent largement inexplorés, avec seulement 20 % des fonds marins cartographiés à ce jour.

