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Généraliste

Mettre la majorité devant les idées

Le Devoir · mis à jour il y a 9 j

Avant même la mi-campagne, les chefs semblent oublier la base: d’abord courtiser et inspirer leur électorat..

Campagne électorale prématurée

Dès le début de la campagne électorale québécoise de 2026, plusieurs chefs de parti ont évoqué publiquement la possibilité d’obtenir une majorité gouvernementale (un parti détenant plus de 50 % des sièges à l’Assemblée nationale) ou ont appelé au vote stratégique (voter pour un parti non préféré afin d’éviter qu’un autre ne gagne). Ces déclarations, jugées précipitées, ont été critiquées par Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois, qui a souligné que ces discussions sur les scénarios majoritaires ou minoritaires (où aucun parti ne détient la majorité) intervenaient trop tôt, soit dès le 10 septembre. Pourtant, lui-même avait évoqué la nécessité d’un gouvernement avec des coudées franches (une marge de manœuvre politique élargie) pour appliquer son programme, deux jours avant cette déclaration. Cette précipitation a occulté le débat sur les idées, reléguant au second plan les propositions concrètes des partis.

Stratégies de coalition

Christine Fréchette, cheffe de la Coalition Avenir Québec (CAQ), a rapidement cherché à séduire les souverainistes lucides et réalistes (des électeurs favorables à l’indépendance du Québec, mais pragmatiques sur les moyens d’y parvenir). Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec, a quant à lui évoqué la possibilité de marchander son appui à la pièce (négocier des alliances partielles) en cas de gouvernement minoritaire, où son parti pourrait jouer un rôle d’arbitre. Ces stratégies visent à maximiser l’influence des partis dans un contexte où les sondages montrent une course serrée entre plusieurs formations politiques. Cependant, elles détournent l’attention des enjeux de fond, comme la qualité des services publics ou les politiques sociales.

Diversité des propositions

Malgré la diversité des propositions avancées par les cinq principaux partis politiques québécois, les débats électoraux se concentrent principalement sur des questions budgétaires et des promesses de réduction des dépenses publiques. Tous les partis promettent de ne pas couper dans les services essentiels, tout en s’engageant à réduire la taille de l’État. Pourtant, des enjeux majeurs comme le coût de la vie (hausse des prix de l’essence, de l’épicerie), la crise du logement (manque de logements abordables), la santé (accès aux soins, état des infrastructures hospitalières) ou encore l’environnement (exploitation du gaz de schiste, politiques climatiques) sont peu approfondis. Par exemple, les débats sur l’immigration se limitent souvent à des chiffres ou à des déclarations controversées, sans aborder les politiques d’intégration ou la qualité de l’accueil des nouveaux arrivants.

Manque de profondeur des débats

Les médias et les chefs de parti se focalisent davantage sur les travers de caractère (comportements perçus comme négatifs) ou les axes référendaires (positions sur l’indépendance du Québec) des adversaires que sur leurs idées. Par exemple, Christine Fréchette a été critiquée pour sa position sur l’autonomie du Québec, ce qui a alimenté les polémiques. Pourtant, des sujets comme l’éducation (décrochage scolaire, état des écoles) ou la santé (qualité des soins, gestion des hôpitaux) mériteraient des discussions approfondies. Les promesses électorales, souvent vagues, sont éclipsées par ces débats stériles, alors que 60 % des électeurs québécois souhaitent un changement de gouvernement selon le dernier sondage Léger publié le 7 septembre 2026.

Ce que ça pourrait changer

En ne mettant pas en avant des idées claires et en se concentrant sur la critique des adversaires, les partis politiques risquent de décourager les électeurs. Le taux de participation électorale au Québec a déjà reculé depuis 2012, où 74,6 % des électeurs inscrits avaient voté, contre 85 % lors du référendum de 1976 et 82 % en 1994. Une campagne électorale qui ne parvient pas à fédérer les citoyens autour de projets concrets pourrait aggraver cette tendance. Avec 23 jours restants avant le scrutin, il reste une fenêtre pour élever le niveau des débats et inciter les électeurs à s’impliquer, mais le temps presse.

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